Djadja & Dinaz : « On est un groupe de paranos ! » [Interview]

Le Revers de la médaille et le milieu du rap

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R.A.P. R&B : Justement, pour la production de cet album, vous avez fait appel à vos compositeurs habituels ou changé de méthode ?

Djadja : On a fait appel aux beatmakers habituels. Il y a RJacks, CashMoneyAP, AriBeatz…
Dinaz : C’est à peu près toujours les mêmes.
Djadja : On nous envoie des instrus, on choisit.
Dinaz : Ça se fait par Internet, par mails. Après on en a rencontré 1 ou 2. On choisit sur une palette.
Djadja : Ça nous arrive de cracker des instrus sur YouTube…
Dinaz : Tout c’qu’on aime, on va écrire dessus.
Djadja : Les beatmakers, si vous lisez ça : envoyez des prods ! On est à l’écoute des prods. [à hello@bendomusic.fr, Ndlr]

R.A.P. R&B : Et la réalisation de l’album, vous la faites vous-mêmes, ou vous êtes entourés ?

Djadja : Ouais, on est en pure indépendance. On est une équipe de 4 avec 2 amis à nous. C’est nos associés, on a tout commencé à 4 et maintenant on a un label à nous (Carré-Music, Ndlr). Avec le temps, on va essayer de produire d’autres artistes. C’est envisageable…
Dinaz : Pour l’instant on se consacre à notre musique, mais ça se peut.

R.A.P. R&B : Qu’est-ce qui vous attire dans la production ?

Djadja : C’est l’ombre ! Là, tout de suite j’ai pas envie d’être dans l’ombre : j’ai envie que mon album soit vu, qu’on l’écoute. On a encore des trucs à dire, mais quand on n’aura plus rien à dire, pourquoi pas se mettre derrière quelqu’un et lui dire un peu ce qu’on connaît de ce métier.

R.A.P. R&B : Vous avez déjà repéré des petits ?

Dinaz : Ouais, ouais.
Djadja : Des petits du quartier. Après ça peut être des petits d’ailleurs, c’est à l’oreille.
Dinaz : Si on aime bien, on verra.
Djadja : Mais pour l’instant on est dans Le Revers de la médaille.

“C’est un groupe de paranos Djadja & Dinaz !” 

R.A.P. R&B : Il y a une suite logique dans vos titres d’album : On s’promet, Dans l’arène et Le revers de la médaille ? Une façon de dire : “on va rentrer dans le game, on y est et maintenant et on y voit les côtés négatifs” ?

Djadja : Tu l’as remarqué sans que nous on le remarque !
Dinaz : C’est exactement ça !
Djadja : Comme on t’a dit, c’est au feeling. C’est ce qu’on vit sur le moment.

R.A.P. R&B : C’est quoi ce revers de la médaille ? Ce que vous avez vu de négatif avec le succès ?

Djadja : Y’en a plein… Les gens changent, les gens te voient autrement, il y a beaucoup de faux.
Dinaz : Il y a en a qui sont là par intérêt.
Djadja : Ecris en majuscule la JALOUSIE ! (rires)
Dinaz : Les gens changent, ils ont une double face.
Djadja : Ça a commencé dès qu’on a réussi !

R.A.P. R&B : Vous parlez aussi d’hypocrisie (“Je sais pas ce que derrière ils disent mais je sais que devant nous ça sympathise”)…

Djadja : C’est partout ça.
Dinaz : Les gens te crachent dessus par derrière et devant ils te font un grand sourire.
Djadja : Dans ton dos, ils disent “Lui il fait ci ou ça” et devant “Woah, ça va ? Super, c’est bien ce que tu fais.”

R.A.P. R&B : Tu as des exemples concrets pour illustrer ça ?

Djadja : Ah, mais ça j’en ai eu un il y a 1 heure ou 2, dehors. C’est tout le temps quand on me croise dans la rue… Les gens sont comme ça, pourtant on a fait de mal à personne.

R.A.P. R&B : Du coup, vous abordez aussi pas mal le thème de la trahison. C’est encore du vécu ?

Djadja : Ouais. C’est plein de petites histoires, de petits détails. On a toujours tout fait à 4, les gens nous ont vu avancer et ils n’aiment pas ça… C’est humain.
Dinaz : Et y’en a aussi qui nous ont toujours boostés, ça fait plaisir. Mais beaucoup ont changé.

R.A.P. R&B : Comment vous expliquez un morceau qui s’appelle J’souris, avec un clip en Californie au soleil et des paroles mélancoliques ?

Djadja :J’souris mais j’suis énervé”. Après il y a aussi des sons ouverts. Mais c’est vrai que dans les paroles, on est beaucoup sur la trahison. Si on était moins dans le quartier, on n’aurait peut-être moins ce genre de paroles.

R.A.P. R&B : Dans Tu perds la foi vous êtes un peu dans la peau de bandits, c’est très violent. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Dinaz : On est vraiment dans la peau de bandits.
Djadja : J’sais pas d’où ça vient, c’est la haine. C’est adressé à plein de gens en fait. C’est un groupe de paranos Djadja & Dinaz ! Que ce soit ensemble ou moi seul ou lui seul, on a eu des épreuves qui font qu’on est rodés. On se parle entre nous, c’est carré. A partir du moment où t’as un truc qui est solide, tu fais de la route, sinon tu vas caler.

R.A.P. R&B : Autre phrase marquante de l’album, “C’était mieux l’époque des cartables, maintenant c’est procs, les gardavs”. Vous êtes nostalgiques de l’enfance ?

Dinaz : C’est à cause des problèmes de justice, avant y’avait pas de problèmes comme ça. Tu jouais au foot, t’allais en cours, tu jouais avec tes potes. On parle de nous comme on parle de tout le monde. Quand tu fais des choses illégales petit, y’a pas de problèmes. Puis après y’a les gardes à vue, la prison, les mères en pleurs. Mais ça ne concerne pas que les mecs de quartiers, tout le monde peut se reconnaître.

“Si je fais passer un message dans la musique, t’inquiète pas que je vais le faire en face.” 

R.A.P. R&B : Et quand Djadja balance “J’vais tous les démonter/C’est tous des mytho” et Dinaz “Des langues de pute, ils parlent pour rien, ils parleront moins devant l’calibre”, c’est ciblé ou ce sont des paroles en l’air ?

Dinaz : Il y en a peut-être qui se reconnaitront. Mais c’est général aussi.
Djadja : Il y en a sûrement beaucoup qui doivent se sentir viser. Il y a aussi des trucs personnels, j’vais pas te dire : “je suis en embrouille avec lui”. Mais si je fais passer un message dans la musique, t’inquiète pas que je vais le faire en face. Cette personne sait qu’elle a un problème avec moi. Si j’en parle dans ma musique, c’est juste pour lui rafraîchir la mémoire.
Dinaz : On ne se cache pas derrière la musique.

R.A.P. R&B : Vous avez fait un morceau intitulé Zumba. Ce terme était plutôt péjoratif à la base, aujourd’hui comment on pourrait le définir ? Un vrai style de musique à part ? Un sous-genre du rap ?

Djadja : Franchement, nous c’est même pas par rapport à ça qu’on en parle. A la base, c’est une danse sportive et la rime est venue comme ça : “Broliqué, tu vas danser la zumba”. Je ne voyais pas ce qu’il pouvait danser d’autre.

R.A.P. R&B : Vous ne vous mélangez pas du tout au reste du rap jusqu’à n’inviter personne sur votre projet… C’est une volonté de votre part ?

Dinaz : Ouais, c’est une volonté, on préfère rester dans notre coin pour l’instant. Ça peut changer par la suite.
Djadja : On n’est pas fermé.
Dinaz : On parle aux autres rappeurs, mais on est plutôt dans notre coin.
Djadja : On se voit pas rentrer dans le délire des feats, on est déjà 2.
Dinaz : C’est déjà Djadja feat Dinaz et Dinaz feat Djaja !

R.A.P. R&B : Mais si c’est un rappeur qui vous a fait kiffer comme Booba ou Rohff, vous ne pouvez pas refuser ?

Dinaz : Si on peut. Même si c’est 50 Cent. C’est juste que maintenant on ne veut pas, mais ça se trouve tu nous verras dans 2, 3 piges en feat avec un mec qui a 10 vues sur YouTube. Ça sera forcément un mec qu’on aime bien, et dont on aime bien ce qu’il fait.

R.A.P. R&B : Lors de votre Planète Rap vous aviez ramené votre avocat Maître Amaury Auzou, pourquoi ?

Djadja : Grosse force à lui !
Dinaz : On l’aime bien. Ça lui a fait un bon coup de pub, ça avance bien pour lui.
Djadja : C’est un très bon avocat. Quand on a un problème on le voit, il est là pour nous, c’est quelqu’un de l’équipe en vrai. C’est important d’avoir un avocat.

R.A.P. R&B : Après le Planète Rap, il pourrait l’imaginer en featuring sur un projet ?

Djadja : (Rires) Non je ne pense pas…
Dinaz : Amaury en feat, moi j’me couche !

R.A.P. R&B : Vous revendiquez beaucoup votre indépendance, c’est important ?

Djadja : Ouais parce qu’on a tout fait comme ça. Comme on ne fait pas beaucoup d’interviews, il y a beaucoup de gens qui ne savent pas qu’on est indépendants. Dès qu’on a l’occasion d’en parler – même dans la musique – on le dit. On prend nos décisions, on choisit ce qu’on fait ou pas. C’est une fierté de plus. Avoir sorti des projets, s’être fait un public, un million d’abonnés tout seul, c’est bien donc on aime le préciser.

R.A.P. R&B : Vous êtes la première sortie d’une nouvelle structure, Bendo Music, ça vous met de la pression supplémentaire ?

Dinaz : Non et oui, on veut que ça marche. Mais pas vraiment une pression.
Djadja : On a confiance dans le projet.
Dinaz : On ne sait jamais ce que ça donnera, mais l’album est sérieux.
Djadja : Allez l’écouter !

R.A.P. R&B : Vous avez l’air très indissociables, vous n’envisagez pas du tout de faire des choses en solo chacun ?

Djadja : Non, on a commencé comme ça, on va finir comme ça. S’il arrête, j’arrête. C’est une question de principe. Même si les pires choses inimaginables arrivent, c’est mieux qu’on arrête tous les 2 plutôt qu’il y en ai un qui continue. Ce n’est pas notre mentalité.