Luidji : son parcours, Foufoune Palace, son morceau dans Ballers, son album pour 2019… [Interview]

Rappeur à suivre depuis quelques années, Luidji s’apprête à concrétiser son début de carrière avec la sortie d’un 1er album début 2019. De jeune rookie rapidement signé en maison de disques (Wagram) à indépendant ayant sa propre structure (Foufoune Palace Bonjour), le proche de Dinos Punchlinovic a connu un début de carrière mouvementé, mais productif. L’occasion pour lui de faire un bilan de ce parcours tout en gardant toujours une œil vers demain… 


 

  “Ce qui me donne vraiment confiance en ce que je fais,
c’est que j’entends vraiment peu de personnes faire
la musique que je fais.”

 

R.A.P. R&B : Tu as été amené à déménager aux 4 coins de la banlieue parisienne. C’est comment de grandir dans ce contexte ?

Luidji : Ma mère m’a élevé à Aubervilliers. Ensuite, j’ai été pendant longtemps à La Courneuve. Et je suis arrivé à Issy-les-Moulineaux, dans la banlieue ouest vers 10, 11 ans. Le contexte à Issy-les-Moulineaux n’a rien à voir avec celui dans lequel j’ai grandi de base, du coup c’est marrant de voir les 2 choses. Ce sont des gens qui pensent différemment selon les endroits et c’est 2 parties très éloignées de Paris. J’ai pris des habitudes là où j’ai grandi, et d’autres là où je vis maintenant. Pour moi, c’est plus une richesse qu’un inconvénient. En plus, le fait d’avoir “voyagé” – même si ça reste autour de Paris – ça te donne un regard plus complet sur l’environnement.

R.A.P. R&B : Du coup, comment s’est déroulée ta scolarité ?

Luidji : Franchement, j’étais un très bon élève jusqu’à la 2nde. A partir de la 1ère c’était catastrophique. J’étais bon à l’école de par mon éducation parce que mes parents étaient très à cheval dessus. En grandissant, tu te forges un mental, ta propre manière de penser et je commençais à sentir que je n’allais pas prendre un cursus classique.

R.A.P. R&B : Tu avais déjà une âme d’artiste ?

Luidji : Je faisais déjà du son, mais je ne me projetais pas dedans. Je marchais un peu à l’instinct. La musique est vraiment venu une fois que j’ai eu mon bac. Parce qu’arrivé à la fac, ce n’était vraiment plus possible. J’avais fait un bac scientifique puis une fac d’informatique pour travailler dans les jeux-vidéo et tout, mais ce n’était pas ce que je pensais. La programmation, le langage, ça ne m’intéressait pas du tout. Il a donc fallu trouver une porte de sortie. C’est à ce moment-là que beaucoup de choses se sont concrétisées dans la musique. En tout cas les prémices de beaucoup de choses. Donc je me suis dit : On se barre et on y va !

R.A.P. R&B : Le rap est arrivé comment dans ta vie ?

Luidji : J’ai l’impression que jusqu’à maintenant, je rappe avec le même état d’esprit qu’avant en fait. C’est arrivé par hasard, juste pour rigolé : Skyblog, YouTube, mix-tapes. Tant que des gens écoutaient, je ne me disais pas : Je vais vendre des CD’s. Je me disais juste que tant que les gens écoutent ce que je fais, je vais continuer. Et aujourd’hui, je suis toujours dans la même mentale, même si ça s’est professionnalisé. Mais le jour où je ne prendrais plus de plaisir à le faire, je passerais à autre chose… Mais c’est pas la cas donc on est là.

R.A.P. R&B : Et avant d’être dans le son t’écoutais quoi ?

Luidji : Franchement, quand j’étais petit, j’étais bazardé, j’écoutais de tout. J’écoutais du rap, du rock, Eminem, 50 Cent, Sniper, Sum 41, Metallica. J’écoutais un peu tout ce que les gens écoutaient et je choisissais mes morceaux dedans. Même en faisant du rap, ça ne m’a pas empêché d’écouter des trucs variés. Je fais de la musique, mais je suis pas vraiment un mélomane. Je n’écoute pas énormément de musique, j’écoute toujours les mêmes musiques.

  “Raconter ce que j’ai vécu me paraissait le plus crédible…
Juste être fidèle à la vie réelle.

 

R.A.P. R&B : Ton 1er projet sort en 2009. C’est l’époque dominée par Kanye West, Drake et l’arrivée d’un rap qu’on peut appelé “fragile”, qui parle de sentiment. On a l’impression que ça t’a toujours influencé…

Luidji : Ouais, de fou. Au début, ça m’a influencé sans le savoir. Je me disais : C’est cool des mecs qui parlent d’autre chose. C’est clair qu’ils m’ont plus inspiré dans mon rap que d’autres que j’écoutais pourtant plus. J’ai pas choisi de raconter mes histoires par rapport aux mecs que j’écoutais à l’époque, c’est juste que raconter ce que j’ai vécu me paraissait le plus crédible. Je comprends qu’on fasse le lien, mais c’est naturel. C’est juste être fidèle à la vie réelle.

R.A.P. R&B : T’as ensuite enchaîner pas mal de projets, principalement des EP’s jusqu’en 2015. Tu avais alors annoncé un album…

Luidji : Ah ouais ? J’m’en souviens plus. Je disais beaucoup de conneries !

R.A.P. R&B : Finalement t’as pris ton temps, monté ton propre label, que s’est-il passé durant toute cette période ?

Luidji : Tout s’est fait naturellement. Après la fac, j’ai signé chez Wagram. C’est le ticket qui me permettait de crédibiliser ma sortie du cursus scolaire auprès de mes parents, parce qu’il y avait une maison de disques derrière. Je crache pas sur ce que j’ai vécu là-bas parce que j’ai appris des choses, mais l’enseignement principal que j’ai tiré c’est qu’on pouvait s’en sortir tout seul. Quand on sortait des projets en indépendant, on avait les mêmes résultats. Comme ça se passait pas bien entre nous, on a décidé de ne plus bosser ensemble d’un commun accord. J’ai recommencé à refaire des sons dans lesquels je me sentais beaucoup plus libéré. De fil en aiguille, on a commencé à se renseigner sur le fonctionnement du streaming jusqu’à arriver à une économie qui s’auto-finançait, et nous sommes arrivés chez Universal. Mais c’est une collaboration, je suis toujours sur mon label (Foufoune Palace Bonjour, Ndlr), mais avec plus de moyens.

R.A.P. R&B : T’as pas eu l’impression de perdre du temps, de repartir de zéro ?

Luidji : Si mais c’était nécessaire. Pour gagner du temps, il faut en perdre. Je me suis déjà demandé si en réfléchissant avant je n’aurais pas déjà fait les choses comme ça, mais non : tout ça était nécessaire. Au-delà du professionnel, même dans ma vie intime, j’ai traversé plein de choses qui n’allaient pas. Je me suis coupé de plein d’ondes négatives et j’ai compris que j’avais gagné bien plus de temps que j’en avais perdu. On a connu tellement de pièges et de gens bizarres, on sait comment s’en écarter.

  “On a connu tellement de pièges et de gens bizarres,
on sait comment s’en écarter
.”

 

R.A.P. R&B : Pour sortir tes derniers sons, t’as crée ce concept original de playlist. Comment ça t’es venu ?

Luidji : C’est venu de la productivité. On était en phase ascendante dans les streams à partir de janvier 2017. L’été 2017, y’avait pas d’albums, ni de projets concrets donc on s’est dit qu’on allait faire une playlist. On a vu avec Mehdi (qui gère aussi mes visus notamment) de créer un album-concept qui pourrait se renouveler dans le temps, et j’avais jamais vu ça ailleurs. Ça permet d’alimenter le public en sons et de poser les bases de l’album, comme un brouillon. Ça permet de tester des choses et de voir les retours. Je ne fais pas en fonction du goût des gens, mais c’est toujours bien d’avoir des indicateurs. Et ça correspond totalement à la manière de consommer de la musique aujourd’hui.

R.A.P. R&B : Pour parler plus concrètement de ta musique, l’un des thèmes qui reviens le plus c’est celui des femmes. Comment tu l’expliques ?

Luidji : Je pense que chaque rappeur à son cliché. Je pense pas qu’on va reprocher à SCH de tout le temps parler de mafia. C’est un thème récurent : ce sont les morceaux les plus connus que j’ai faits, mais en vérité, j’ai autant de morceaux classiques, simples, sur lesquels je peux parler de n’importe quoi. Plus tard, je pourrais écrire sur autre chose et être tout aussi efficace.

R.A.P. R&B : Comme tu le disait. Tu donnes l’impression de ne pas avoir de personnages, de raconter ce que tu as vécu intimement. C’est bien ça ?

Luidji : C’est ce qui définit le plus ma musique : la vraie vie. Je m’étais posé beaucoup de questions avant de commencer l’album. Ce que j’allais raconter, comment et pourquoi. En fait, au final, j’ai décidé ce que je voulais faire depuis le début : raconter les choses telles qu’elles se sont passées. C’est pour ça que sur l’album y’a encore plein d’histoires de femmes, mais aussi d’autres trucs.

  “Je pense que chaque rappeur à son cliché. Je pense pas
qu’on va repprocher à SCH de tout le temps parler de Mafia.”

 

R.A.P. R&B : Tu fais beaucoup de storytelling, de morceaux construits. C’est travaillé ou naturel ?

Luidji : C’est naturel. J’peux pas mytho sur quelque chose que j’ai vécue. Le storytelling va être plus facile à écrire si c’est quelque chose que j’ai vécue ou ressentie plutôt que si je l’ai vue ou qu’on me l’a racontée. Ce n’est pas un travail, c’est de l’instinct. Il faut penser, penser à la même scène et derrière l’inspiration coule et fait naître le morceau.

R.A.P. R&B : L’esthétique a aussi une place importante, dans tes clips ou tes visuels…

Luidji : Je joue le jeu. Je n’étais pas spécialement porté sur l’image, et d’ailleurs mes sons ont beaucoup plus de streams que de vues sur YouTube. J’ai toujours accordé plus d’importance au son qu’à l’image. Aujourd’hui je fais les efforts : je montre que tout se passe bien. Mais en vérité, je n’y accorde pas d’importance : c’est cool si les gens kiffent mes photos et tout, si ça peut les faire converger vers le fond.

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R.A.P. R&B : T’as peur que les gens te suivent plus pour l’image que la musique ?

Luidji : Je n’en fait jamais trop, je ne suis jamais extravagant, je ne mets pas de marque de luxe. Je le fais inconsciemment pour que les gens restent concentrés sur ce que je fais vraiment. Moi, ça ne m’intéresse pas qu’on commente mon clip parce que j’ai le dernier pull ou la dernière paire, même si je ne vais jamais m’interdire de les avoir. Mais si c’est comme ça que mon public me retient, c’est qu’il y a un problème au niveau du son.

  “Ça ne m’intéresse pas qu’on commente mon clip
parce que j’ai le dernier pull ou la dernière paire…

 

R.A.P. R&B : Pour parler de l’album à venir, 2 extraits sont sortis : il est prévu pour le début de l’année 2019. Comment tu le présenterais à ton public ?

Luidji : Franchement, je le travaille pour avoir le moins possible à le présenter. On a mis des outils de communication en place avec les extraits déjà lâchés pour expliquer que l’album est une histoire de la 1ère à la dernière track. Je n’avais aucun recul sur le projet, mais je ne m’étais pas rendu compte que je n’avais pas immergé le public dans le projet. C’est pour ça qu’on a fait le concept des “Pellicules” (sur Instagram, Ndlr) qui nous permet de guider les auditeurs, et les prévenir qu’ils auront la totalité de l’histoire dans l’album.

R.A.P. R&B : Que peux tu dire sur la couleur musical, les éventuels invités ?

Luidji : Franchement, je préfère ne rien dire. Tout ce que je peux dire c’est que le storytelling permet à l’auditeur de suivre la couleur musical track après track. Aux périodes de stress, de doute ou de réussite, il y aura une couleur adaptée.

R.A.P. R&B : Il y aura tes proches comme Dinos, S.Pri Noir, Tuerie Balboa ?

Luidji : C’est possible. Pour être honnête avec toi, je n’ai pas encore pensé aux feats avant d’avoir 100% de l’album. J’aime bien me poser, réécouter avec les compositeurs, digérer le truc et si y’a une idée intéressante, on l’étudie. Mais je ne vais pas ramener quelqu’un parce que ça fait bien d’inviter quelqu’un.

R.A.P. R&B : Tu as du buzz depuis quelques années, mais tu n’as pas encore vraiment “pété”. Qu’est-ce qui te manque selon toi ?

Luidji : Je ne prévois rien. Je prends le truc au jour le jour. C’est marrant parce que souvent on me dit que je suis “sous-côté”. Mais quand je vois où j’étais y’a un an, je sais qu’on va quelque part et que le public grandit. Ce qui me donne vraiment confiance en ce que je fais, c’est que j’entends vraiment peu de personnes faire la musique que je fais. Donc si j’arrive au top comme tu dis, personne ne fera comme moi. Donc je ne me demande pas si ça arrivera demain, après-demain… Je n’espère pas dans 10 ans quand même ! Je ne suis pas du tout pressé ou stressé. Je vais enchaîner un 2ème album, prendre la vie comme elle vient et le jour où ça pète, ça pète.

  “Je prends le truc au jour le jour. C’est marrant
parce que souvent on me dit que je suis
sous-coté.

 

R.A.P. R&B : Un de tes morceaux, Vent d’hiver a été utilisé dans une série américaine, Ballers. Tu peux nous raconter comment ça s’est passé ?

Luidji : C’est justement en me basant sur des faits comme ça que je me dis que les chiffres ont tellement d’importance pour les gens qu’ils sont aveuglés par ce prisme-là. Je ne sais pas qui, dans le rap français a placé un morceau francophone sur une série américaine. On a communiqué vite fait dessus, mais on n’en a pas fait des caisses parce qu’on sait qu’on n’est pas encore arrivés. C’est un des éléments qui donnent confiance en l’avenir.

R.A.P. R&B : Tu l’as vu l’épisode ?

Luidji : Ouais, je l’ai vu, j’étais au taf. Ils ont utilisé le morceau pour habiller une conversation téléphonique entre un joueur de NFL et son manager. C’est un show où The Rock manage des petits qui jouent au foot américain. C’est au tout début de l’épisode, l’entraîneur est au téléphone avec un joueur qui s’ambiance autour d’une piscine et y’a mon son. Le soir où j’ai reçu le mail j’étais au fin fond du 78 avec un pote à moi, on se faisait des cocktails, on roulait des sticks et au j’ai dû lire au moins 5 ou 6 fois le mail pour être sûr d’avoir bien compris. Mais on n’a jamais su d’où ils avaient trouvé ce son.

R.A.P. R&B : Enfin, peux-tu expliquer le concept de Foufoune Palace ?

Luidji : C’est avant tout un état d’esprit. Dans le morceau Foufoune Palace, je dis : “La famille avant l’oseille/L’oseille avant les salopes. Vu que c’est le morceau qui a prouvé qu’en indépendant on pouvait faire des choses bien plus grandes – ou au moins égal – à un travail de maison de disques, on s’est dit : Voilà ! Le nom est original, ça laisse personne indifférent et maintenant notre label s’appelle Foufoune Palace Bonjour.