Ribéry, les adieux : aimé dans la street, mais incompris en France !

Franck Ribéry (36 ans) termine sa carrière en Bavière avec un 9ème titre de Champion d’Allemagne. Une histoire d’amour fusionnelle entre le Bayern et un footballeur qui a trouvé une seconde famille…

“Oui, je suis fier de moi. Ça n’a pas toujours été facile, mais j’ai toujours répondu présent, j’ai toujours assumé. Aujourd’hui, je peux me regarder dans un miroir et je me dis : Quelle Carrière !” Ce sont les mots de l’empereur Franck au micro de Telefoot. Avec le Bayern de Munich, l’ailier a disputé 423 matches pour 126 buts et 132 passes décisives. Une interview, des buts et des larmes, nous vous proposons de revivre le film de nos confrères de Telefoot

Questionné sur un éventuel retour en France, Ribéry qui avait déjà abordé le sujet en conférence de presse à Munich à la Säbenerstrasse, a confirmé qu’il n’envisageait pas un seul instant de finir sa carrière sur l’héxagone. Et on peut le comprendre… L’ancien marseillais, qui a aussi évolué à Alès, Brest ou encore Metz, héros de la Coupe du monde 2006, a énormément souffert d’une image faussée et diabolisée en France, notamment après la grève des joueurs de Knysna pendant le Mondial 2010, et quelques lignes dans les rubriques fait-divers des journaux français. Entamant une relation tumultueuse avec les supporteurs français, devenu le mal-aimé, il n’aura jamais pu rétablir un lien sérieux avec eux. Alors forcément quand on lui demande s’il pense revenir jouer en France, sa réponse est claire et nette. : “Non pas du tout” !
Si des rumeurs circulent sur un retour au Bayern au niveau de l’encadrement sportif ou de la direction du club, il n’est pas très expressif sur son futur proche :
Je ne sais pas, je n’ai pas de plan exact. Il y a des options, mais on va encore réfléchir […] Ce que je sais, c’est que tout ça va me manquer. Ça a été des moments incroyables. Il y a même des moments où ça a été tellement vite que je n’ai pas eu le temps d’apprécier, en fait. Mais avec le recul, quand tu revois les images, tu te dis : c’est quelque chose, quand même !

Une mentalité française ?

Sur un plan plus sociétale, le cas Ribéry est très révélateur des mentalités de notre nation. Même si la séparation entre nos banlieues et le reste du pays s’est resserrée ces dernières années notamment grâce à l’impacte de la culture urbaine dans notre société, il existe encore pas mal de problèmes. Ribéry en est l’exemple parfait, précédent le cas de Karim Benzema.

En effet, le football et la musique sont 2 vecteurs universels. Actuellement, en France, comme majoritairement dans le monde occidental, la culture urbaine issue du mouvement hip-hop domine et, rappeurs et footballeurs partagent le même lifestyle. Ils ne cachent pas leurs amitiés, d’ailleurs, à chaque prouesses et sorties de projets, ils passent leurs temps à se mettre des passes décisives sur les réseaux sociaux. Nos banlieues sont à la mode et le banlieusard avec. Nous sommes en train de vivre ce qui paraissait presque improbable il y a encore une décennie : l’essor des cultures issues des cités. La France ne peut plus le nier, même si tous les classes sociales ne voient pas cette évolution du même œil, nous sommes des figures importantes dans le paysage francophone. Dans la musique, le sport, la mode, de plus en plus au cinéma, à la télé, dans certaines entreprises, quand la culture urbaine ne domine pas, une certaine diversité s’opère, et ce même s’il y a encore du boulot dans certains domaines, comme au niveau de l’éducation et certains corps de métiers, ou tout simplement au théâtre comme le faisait remarquer Fary lors des Molières.

Le Ballon d’Or 2013,
déchirure avec la France

Une cicatrice qui ne s’est toujours pas refermée. C’était une année incroyable, il a remporté la Ligue des Champions, la Bundesliga et la Coupe d’Allemagne en étant le leader technique. Le numéro 7 du Bavarois flirtait avec les étoiles, pouvant même se vanter cette année-là d’avoir cassé les reins de Messi en l’invitant à déposer ses fesses sur la pelouse de l’Allianz Arena lors de la demi-finale de Ligue des Champions. Mytho ? Regarde !

Ronaldo n’avait rien gagné cette saison. Kaiser Franck était au dessus du lot, meilleur joueur et meilleur passeur de Bundesliga avec 13 buts et 25 passes décisives toutes compétitions confondues. Ce ne sont pas ses stats qui paraissent (presque) ordinaires tellement Messi et Ronaldo les ont banalisé, mais c’était l’aura du joueur qui l’a conduit au sommet. Quand Franck était sur la pelouse, c’était comme si tu lâchais Danny the Dog. C’était incroyable de le voir jouer, il méritait de loin le Ballon d’Or, et avait mal vécu de passer à côté, tout comme il ressentait le manque de soutien, notamment dans son pays d’origine. L’ultime déception !

Le légendaire numéro 7 a pu toutefois compter sur le soutien d’un ancien international français, qui avait visiblement la même amertume, Thierry Henry : “ J’ai trouvé que le soutien en France pour Ribéry n’a pas été bon, je pense qu’il faut être chauvin. A un moment donné, on a un Français qui mérite d’être Ballon d’or. Il a été bon, il a tout gagné et ce qu’a fait le Bayern l’an dernier restera dans l’histoire du football. Franck a été un acteur fort du triplé et mérite le Ballon d’or.” Pour rappel, Thierry Henry avait également souffert injustement des commentaires des supporters français à son égard lors de sa main face à l’Irlande qui avait qualifié l’équipe de France pour le Mondial 2010 en Afrique-du-Sud.

Quand la France en a fait un monstre, l’Allemagne en a fait une légende. Alors que cet enfant des quartiers arrive en fin de carrière, après 12 années passées à Munich, il est encore à une rencontre du coup de sifflet final sous le maillot rouge. Franck Ribéry a un match pour tenter de boucler la boucle en beauté : la finale de la Coupe d’Allemagne, à disputer le 25 mai 2019, contre le RB Leipzig. Et s’il partait avec une 6ème Coupe d’Allemagne !?