Stomy Bugsy s’adresse à Emmanuel Macron dans TPMP [Vidéo]

Artiste engagé, Stomy Bugsy a interpellé Emmanuel Macron lors de son passage dans l’émission Touche Pas à Mon Poste

Ce jeudi 20 février, Stomy Bugsy était l’invité de Cyril Hanouna dans TPMP. L’occasion pour le rappeur du groupe Ministère A.M.E.R, devenu comédien, de venir évoquer son nouveau spectacle, Un jour j’irai à Détroit, qu’il a co-écrit avec David Desclos, un ancien détenu également acteur qui joue actuellement un one-man-show mis en scène par Stomy, Ecroué de Rire, au théâtre du Gymnase. Mais revenons à Un jour j’irai à Détroit.

L’histoire se passe pendant la Seconde Guerre Mondiale et évoque le triste parcours des tirailleurs sénégalais morts pour la France. Notamment, le parcours de Djili Amacombi (interprété par Stomy), enfermé dans une cellule de la Maison d’Arrêt de Fresnes en novembre 1944, qui crie, à qui veut l’entendre, son innocence. Mais, les seuls à lui prêter l’oreille sont ses 2 voisins de cellule : le soldat français Marcel Brovant (David Desclos) et et le soldat américain Igor Ladzig (joué par Cyril Guelle). David, également invité dans TPMP, raconte dans la genèse de ce projet : “C’est quelque chose de magique entre les détenus et les victimes. Dans les débats, il revient souvent 3 choses très importantes dont la justice pour tous, c’est ce que les détenus demandent. Pour beaucoup, l’histoire à l’école était spoliée […] Ce qu’on nous apprenait à l’école sur Napoléon, Charlemagne nous faisait aimer la France […] Pour la 1ère Guerre Mondiale, la 2ème Guerre Mondiale, on parlait pas des tirailleurs sénégalais, on parlait pas de ce que l’Afrique apportait à la France. J’ai fais des recherches, les tirailleurs sénégalais ont apporté beaucoup et là, j’ai eu une idée. J’ai vu Stomy : “Il faudrait faire une pièce de théâtre Sur un jour à Détroit pour les victimes et les détenus”, et il me dit : “Ça tombe bien. Mon père qui m’en a parlé, il y a 2 semaines, faut faire une pièce là-dessus”. Et il était en tournée avec le Secteur A. Et donc une nuit, je me suis levé à 3 heures du matin. J’avais tout ça dans la tête et j’ai écris le squelette de tout ça. Je lui ai apporté au Zénith de Rouen, il m’a rappelé et il m’a dit : “David, c’est génial, on fonce, on l’écrit ensemble”.

Coup de gueule…

Un sujet qui tient particulièrement à cœur à Stomy Bugsy, originaire du Cap Vert, qui n’a pas hésité à s’en prendre au président Emmanuel Macron pendant l’émission. Il lui a fait le reproche, et à travers lui, à la France et ses institutions, d’oublier la présence et l’aide des tirailleurs sénégalais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, inspiré par le même système narratif que le fameux J’accuse d’Emile Zola ou Victor Hugo, il a lu en direct un texte poignant, en s’adressant au Chef de l’Etat. : “Monsieur Le Président, je me permets de vous lire cette lettre, car depuis plus de 75 ans, notre beau drapeau est marqué de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des tâches : je veux vous parler du massacre des tirailleurs sénégalais. Ils ont demandé leur solde à la fin de la guerre, et pour seule réponse, ils ont eu celle des fusils-mitrailleurs français. J’accuse le ministre des colonies de l’époque qui n’a pas tenu sa parole. J’accuse les officiers et généraux qui n’ont pas pris la défense de leurs soldats et ont donné l’ordre d’ouvrir le feu sur eux. J’accuse les gouvernements successifs de ne pas avoir fait en sorte que ces soldats soient réhabilités, innocentés, et leurs ayants droits indemnisés. Je vous accuserai vous aussi, si à votre tour, vous choisissez de ne rien faire”.

Stomy, qui joue avec son équipe la pièce au Théâtre du Gymnase Marie-Bell jusqu’au 29 février, s’est ensuite lancé dans les chiffres en contestant ceux que l’Histoire a retenu : “Selon un rapport mensonger, 35 morts sont à déplorer… […] Mais le bilan sera beaucoup plus lourd : vraisemblablement, entre 300 et 400 morts et des blessés, dont certains achevés à l’hôpital”.

Une longue tirade et des mises au point, comme l’avait fait en 2006 Jamel Debbouze avec le film Indigènes réalisé par Rachid Bouchareb qui traitait, lui, des tirailleurs algériens. Mais Stomy sera-t-il entendu par Emmanuel Macron !?