En pleine affaire George Floyd, dont le mouvement de colère qu’elle a suscité résonne dans le monde entier, des propos de policiers racistes, fascistes et même suprémacistes en France ont été révélés par Arte et Mediapart…

Alors que la colère gronde et que de vives tensions font trembler les Etats-Unis suite à l’assassinat d’un homme noir, George Floyd, des mains d’un policier blanc à Minneapolis le 25 mai (aujourd’hui arrêté et poursuivi pour “meurtre”), des rassemblements pacifiques s’organisent dans le monde entier. De Dublin et Londres à Aukland en passant par Athènes, les soutiens à la communauté noire américaine et à ce mouvement de lutte contre le racisme et les violences policières se multiplient. Anonymes, personnalités et artistes d’horizons différents se retrouvent dans ce combat. En France aussi des manifestants expriment leur indignation un peu partout, rejoignant également le combat d’Assa Traoré qui se bat encore aujourd’hui pour son frère Adama tué en 2016 lors de son arrestation, et contre les violences policières en général. Une manifestation avait encore lieu ce 2 juin devant le Palais de Justice à Paris, réunissant plus de 20 000 personnes, alors que de nombreux observateurs peinent encore à comprendre l’engagement d’Assa Traoré et de ceux qui la suivent. Et justement, c’est dans ce contexte, qu’Arte et Mediapart ont révélé une enquête qui vient ternir un peu plus l’image de la police… et justifier ces mouvements de contestation.

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Du racisme dans la police

Diffusés dans un podcast d’Arte Radio – une enquête également reprise par Mediapart -, des propos graves de policiers français viennent apporter beaucoup de crédit à ces mouvements qui accusent la police de violence et de racisme, tandis que le préfet de police, Didier Lallement, adressait tout son soutien ce mardi aux policiers de la région parisienne dans un mail, déclarant : “Je sais la peine qui est la vôtre devant les accusations de violence et de racisme, répétées à l’infini par des réseaux sociaux et certains groupes d’activistesPour les citoyens français que nous sommes, une accusation ne suffit pas à faire une vérité. La police de l’agglomération parisienne n’est ni violente, ni raciste: elle agit dans le cadre du droit pour la liberté de tous.” Et pourtant. A l’écoute du podcast d’Arte, la situation s’avère bien dramatique.

Dans le document, un policier noir d’une unité de police de Rouen, Alex (sous-brigadier noir de l’Unité d’assistance administrative et judiciaire), raconte qu’il a découvert des messages audio de ses collègues échangés en 2019 dans un groupe WhatsApp. Dans ces échanges que l’on peut écouter, on entend ces agents tenir des propos à caractère racistes, antisémites, sexistes, homophobes et même fascistes et suprémacistes blancs. Des propos insupportables qui ont poussé Alex à les révéler. Le 23 décembre 2019, le sous-brigadier de 19 ans a adressé un rapport à sa hiérarchie puis a déposé plainte contre 6 de ses collègues, pour “injures à caractère racial non publiques”, “incitation à la haine non publique” et “diffamation non publique”. Durant ces échanges privés, qui concerneraient une dizaine de personnes dont des coéquipiers d’Alex, des mots fusent : “Bougnoules”, “nègres”, “fils de pute de juifs”, “arabo-négroïde”, “pute à nègre”, “balle dans la tête”, “putain de manouches”… Mais plus encore, des théories développées au cour de ces conversations sont particulièrement graves. On peut ainsi entendre : “Je n’attends qu’une chose, c’est que tous ces gens crèvent. Je n’ai plus envie de sauver les gens. Je me dis que tous ces gens doivent crever. Ça régénérera l’espèce humaine et surtout la race blanche” !

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Si comme on l’apprend dans le podcast, “certains sont encore stagiaires en école de police, d’autres, comme lui, sont policiers titulaires depuis plus de vingt ans”, la plainte a entraîné une enquête de l’IGPN (Inspection Générale de la Police National) et de la Direction départementale de la Sécurité publique (DDSP). Mais si Alex a depuis été muté, les policiers mis en cause sont eux – 6 mois plus tard – toujours en poste, et attendent leur passage en conseil de discipline… Une affaire qui fait écho à un article du média Street Press qui fait état de l’existence depuis 2015 d’un groupe Facebook (baptisé “TN Rabiot Police Officiel) où des milliers de policiers commentent leur quotidien, l’actualité mais surtout s’échangent des messages, des commentaires et des montages racistes et sexistes !