Porté par le député des Bouches-du-Rhones François Michel Lambert, un texte remet le débat de la légalisation du cannabis sur la table. Explications.

Ce texte fait suite à une proposition de loi visant à légaliser la consommation, production et commerce du cannabis. Cette proposition datant de juin 2019 avait été approuvée par une vingtaine d’élus locaux et nationaux mais surtout par 70 médecins ainsi que des économistes. Aujourd’hui, ce débat est de nouveau d’actualité grâce à François Michel Lambert (Libertés et territoires). Ce texte est notamment appuyé par des élus LREM comme Caroline Janvier Sonia Krimi et Joël Giraud. Et si le cannabis était la solution pour contrer la crise économique d’après Covid ? C’est en tout cas l’argument majeur car la légalisation du cannabis “permettrait de faire rentrer chaque année dans les caisses de l’Etat entre 2 et 2,8 milliards d’euros et de créer entre 30 000 et 80 000 emplois, notamment dans le secteur agricole”.

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Un débat multidimensionnel

Depuis ce mardi, l’expérimentation d’une amende forfaitaire de 200 euros pour simple consommation a été mise en place pour désengorger les tribunaux et en finir avec les sanctions inégales entre les différents départements. Celle-ci devrait ensuite être mise en place sur l’ensemble du territoire.  Cette 1ère étape vers la dépénalisation devrait se poursuivre avec l’expérimentation de l’utilisation du cannabis thérapeutique. Elle devrait concerner 3 000 patients répartis dans différents hôpitaux pour une durée de 2 ans et devrait traiter des douleurs liées au cancer ou la sclérose en plaques. Cette étude devrait être mise en place au plus tard en janvier 2021. Des arguments aux dimensions sanitaires, sociales et sécuritaires sont également mis en avant. La légalisation permettrait aussi de soulager les forces de police qui font plus de 120 000 interpellations par an pour simple usage entraînant des millions d’heures de travail, sans oublier les coûts judiciaires estimés entre 550 et 700 millions d’euros par an. De plus, du côté de l’argument sanitaire, la question de la jeunesse préoccupe. Légaliser la consommation reviendrait à contrôler la distribution ainsi que la composition du produit. Cela permettrait également de créer de véritables campagnes de sensibilisation et de prévention. Enfin la légalisation cesserait de faire de la consommation un problème judiciaire et permettrait d’étudier la diversité des consommateurs, et son son ancrage dans la société…

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Une politique dépassée ?

La France compte près de 4 millions de consommateurs surtout chez les plus jeunes puisqu’à l’âge de 16 ans, les français sont les 1ers consommateurs d’Europe. Et les politiques de prohibitions dépassées des années 70 ne semblent pas prendre connaissance de ces réalités. En janvier, le parlement s’est lancé la mission de dépassionner le débat répétitif lié au cannabis. Les exemples européens et mondiaux permettraient pourtant de prendre des exemples concrets. Le Canada, les Etats de Washington, de la Californie et du Colorado aux Etats-Unis, l’Uruguay, ou le Portugal sont en ce sens des exemples de politiques qui pourraient permettre à la France de s’inspirer. Pour ce qui est de l’Europe en particulier, le Luxembourg a déclaré vouloir avancer vers des politiques de légalisation du cannabis. Durant le confinement, la police a déclaré que la gestion des trafics s’était organisée et que la consommation avait, elle, augmentée. Serait-il temps de prendre en compte ces facteurs pour aller vers une dépénalisation contrôlée ? François Pupponi (Libertés et territoires) n’est pourtant pas d’accord avec la légalisation avançant qu’ “avec la crise économique qui arrive, les gens auront encore plus besoin d’argent. Si demain, ils ne peuvent pas vendre illégalement du cannabis, ils vendront de la drogue dure”. Pour ce qui est du président de la République, il avait répété fin octobre qu’il n’était pas favorable à la légalisation du cannabis car il n’a “jamais vu d’études robustes montrant que cela n’avait pas d’effets sur la vigilance en particulier des plus jeunes”, émettant toutefois un bémol sur le cannabis thérapeutique.