Une enquête de Mediapart parue en ce week-end des 15 et 16 mai, fait état d’un sabotage des preuves par la police dans l’affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon en 2016…

Certains se souviennent, l’affaire avait fait les grands titres des médias et même provoqué des manifestations de plusieurs syndicats de police en 2016. 2 membres des forces de l’ordre avaient été grièvement brûlés lors de l’attaque de leur véhicule à Viry-Châtillon, petite commune du 91. Après enquête et procès, 13 individus avaient été accusés d’avoir pris part à cette attaque, 5 d’entre eux ayant été condamnés à purger des peines allant de 6 et 18 ans de prison, alors que 8 autres étaient acquittés par la justice. Mais un rebondissement (tardif) a eu lieu dans cette affaire ce dimanche 16 mai 2021, après que Mediapart ait révélé – grâce à sa propre investigation – qu’un grand nombre des retranscriptions des auditions des 8 jeunes avait été falsifié et biaisé par les policiers de la Sûreté Départementale de l’Essonne, alors en charge de l’enquête. A cette heure, 5 avocats qui ont défendu ces 8 jeunes gens ont donc déposé plainte à l’encontre des agents en question pour “faux en écriture publique” ! Des révélations qui pourraient malheureusement tenir une nouvelle fois l’image de la police  – qui manifestait ce 19 mai pour demander, entre autre, “la fin de l’impunité” -, et alors que la gravité des faits se suffisait à elle-même !

Viry-Châtillon 1

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Des auditions déformées et mal rapportées

Sur les enregistrements vidéo des dépositions et des auditions, que Mediapart a pu se procurer, on entend clairement les policiers tenter de pousser certains suspects à s’auto-incriminer, en leur mettant la pression concernant leur rôle dans cette attaque. Parmi ces témoignages ne correspondant pas aux écrits fournis par les policiers à la justice, celui d’un garçon – que Mediapart à surnommer Bilal par soucis d’anonymat – considéré comme le témoin principal de cette affaire. Mediapart explique que les policiers, ont déformé ses propos pour incriminer plusieurs jeunes de la Grande Borne. Chez ces jeunes gens en question, on retrouve Dylan et Foued, des prénoms servant ici aussi de pseudonyme. Bilal explique concernant ce 1er, qu’il n’a pas participé à l’attaque, et a déclaré : “Je ne sais pas s’il était prévu”. Alors que de leur côté, les agents des forces de l’ordre ont écrit : “Je sais qu’il était prévu”, dans le procès-verbal du jeune Bilal. Mediapart continue : “Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont rédigé des procès-verbaux truqués, ne correspondant pas aux déclarations de plusieurs individus mis en cause”. Pour étayer ses propos, le média Internet publie la vidéo de l’interrogatoire de Foued, incarcéré 4 ans et 3 mois avant de se voir acquitter. Dans cette dernière, on entend clairement le prévenu répéter et affirmer qu’il n’a en aucun cas participer à cette attaque envers la police : “Je ne suis pas fou, je ne l’ai pas fait cette attaque”. Une affirmation sur laquelle les policiers, ainsi que le propre avocat commis d’office de Foued, arrivent à le faire douter, à force de pression et de menaces. D’ailleurs les propos du jeune garçon figureront totalement absents de son procès-verbal, tout comme la proposition que lui ont fait les policiers afin qu’il témoigne sous X…

5 avocats portent plainte contre les policiers

Mediapart a aussi révélé que 5 avocats de la défense ont déposé plaintes à l’encontre des agents de police chargés de l’enquête, pour “faux en écriture publique”, “violences volontaires” ainsi “qu’escroquerie au jugement”, une information confirmée dans la foulée par FranceInfo : “Les nouvelles plaintes déposées visent nommément des policiers en exercice à la Sûreté Départementale de l’Essonne, à qui le parquet avait confiée ce dossier sensible […] les 5 avocats dénoncent les violences physiques, morales et psychologiques, dont aurait été victimes leurs clients en garde à vue”. Et toujours selon les avocats, ces procès-verbaux falsifiés auraient même permis à la justice de remettre certains des réels coupables en liberté, desservant ainsi l’issue du procès…