Djadja & Dinaz : “On est un groupe de paranos !” [Interview]

2379

La vie de quartier

Djadja & Dinaz pour Gianni et Azzedine : 2 noms qui n’en forment qu’un, celui d’un duo atypique qui se sent à l’aise à l’écart du rap game tout en faisant tomber les certifications à chacune de ses sorties. La preuve devrait une nouvelle fois est faite avec la parution de leur 3ème album, Le revers de la médaille, vendredi 20 avril 2018.

A l’époque de leur 1er projet, On s’promet, nous les avions rencontrés pour leur toute 1ère interview qui a fini dans les colonnes du numéro #177 du magazine R.A.P. R&B. Depuis, les 2 rappeurs de la cité de La Pierre-Collinet à Meaux (77) ont pris de la bouteille et on affuté leur regard sur le rap jeu, leur musique et leur avenir. Entretien…


 

 

R.A.P. R&B : On s’est rencontrés en 2016, vous sortiez votre 1er projet. Depuis vous avez fait 2 disques de platine et 2 d’or, qu’est-ce qui a changé dans vos vies ?

Dinaz : Il y a plus de monde qui nous connaissent, on le ressent plus…
Djadja : On fait plus de photos, on se voit plus sur les réseaux. Mais sinon ça n’a pas changé notre envie, ni ce qu’on est.

R.A.P. R&B : Djadja tu dis : “Même si j’ai pété l’platine j’ai du mal à vivre…”

Djadja : C’est le revers de la médaille, c’est ça. Ça n’a pas trop changé même si les abonnés montent, il y a de la rentrée d’argent…
Dinaz : : Mais on a la même vie, en vrai.
Djadja : Dans notre tête, c’est la même. Il y en a qui nous voit autrement. Dans le noyau dur, ça n’a pas bougé. Les vrais sont toujours les mêmes.

R.A.P. R&B : Vous habitez toujours à la cité Pierre-Collinet à Meaux ?

Djadja : On habite toujours au même endroit, on traîne toujours au même endroit.

R.A.P. R&B : On a l’impression que vous aimez toujours autant raconter les histoires de cité, bonnes ou mauvaises, comme à vos débuts ?

Djadja : On voit toujours les mêmes têtes, on n’est pas partie vivre une vie de stars. On voit toujours les mêmes choses qu’à l’époque de notre 1er album, donc c’est toujours ce qu’on met dans nos sons.

R.A.P. R&B : Mais quand vous dîtes “trop de béton tue le béton” dans Brassard, ça signifie que vous en avez parfois marre du quartier ?

Dinaz : C’est ça. A trop être dedans, ça fatigue.
Djadja : C’est toujours la même routine, toujours les mêmes choses à se raconter, toujours les mêmes problèmes. Les gens veulent s’en sortir. Quand toi tu t’en es sorti et que tu vois autour de toi, ça fatigue. Mais c’est comme ça partout. Dans le quartier, c’est dur en vrai.

R.A.P. R&B : Le fait de sortir du quartier grâce à la musique avec les concerts, les tournage de clips, ça ne vous apporte pas un autre regard sur le quartier ?

Djadja : Ça t’ouvre l’esprit…
Dinaz : Tu vois des choses que tu ne peux pas voir sans voyager. Avant on voyait juste le sud à la rigueur…
Djadja : Tu rencontres de nouvelles personnes, il n’y a pas que le quartier dans la vie. Le quartier c’est bien ça t’apporte des valeurs, des principes, mais tout le reste faut en sortir. Les gens restent bloqués aux quartiers, ils veulent faire comme les grands, les schémas se répètent. Ils cherchent à faire de l’argent avec les moyens qu’on t’apprend depuis tout petit, les moyens que tu vois.

“La musique c’est un bizness, tant qu’il y a à prendre, on va prendre.” 

R.A.P. R&B : Vous dîtes quand même : “Je suis love de ma cité mais je veux aussi la quitter”, qu’est-ce qui vous y retient aujourd’hui ?

Djadja : C’est la famille…
Dinaz : C’est dur de changer d’un coup d’environnement.
Djadja : Quand t’as toujours vu les mêmes têtes, d’un coup tu changes de paysage, ça peut te faire bizarre…
Dinaz : Mais un jour on va partir.
Djadja : Aujourd’hui on est bien, mais en prenant de l’âge, ça peut changer. On ne se voit pas rapper jusqu’à…
Dinaz : 45 ans !
Djadja : Quand on sera satisfait de nous, on partira du quartier et on emmènera avec nous ce qu’on peut emmener.

R.A.P. R&B : Qu’est-ce qui vous fera arrêter le rap ?

Djadja : Quand on n’aura plus de choses à dire. Là, on est jeunes, mais on ne se voit pas rester l’éternité dans la musique, ni dans le quartier. Mais on est dans la vingtaine, on a encore le temps. Après, la musique c’est un bizness, tant qu’il y a à prendre, on va prendre.
Dinaz : On ne vas pas faire les mythos, mais on ne va pas non plus faire toute notre vie dans ça.
Djadja : Peut-être qu’on en fera toute notre vie, mais pas dans la lumière, pas à la vue des gens. On n’est pas trop dans ce thème là.

Leur carrière
en 5 dates

– Novembre 2014 –
Le 1er clip
Laisse-nous faire notre biff

« Celui qui a pété, qui a fait n’importe quoi ! »

Les rappeurs et d’autres participants au clip ont été arrêtés à cause des armes présentes dans la vidéo. Le clip a depuis été supprimé pour atteinte aux droits d’auteur.

– 2 –
Le 1er showcase

« C’était à Paris au News Café (bar à chicha, NDLR), on avait fait que 3, 4 clips maximum, on n’avait pas de projet de prévu. C’était un petit showcase mais on était contents. »

– 6 mai 2016 –
Le 1er album

On s’promet contient 15 tracks dont leur hit J’fais mes affaires.
Il sera suivi d’un second album Dans l’arène sorti en mars 2017.

– 1er Septembre 2016 –
Le 1er disque d’or

Après 7000 ventes en 1ère semaine, On s’promet est certifié 4 mois plus tard.
Cette récompense est célébrée dans leur clip Souviens toi.
L’album finit disque de platine en février 2017.

– 2015 –
Les Maldives, pour le clip
Marchand de sable

« C’était notre 1er voyage, la 1ère fois que Djadja prenait l’avion. »

Marchand de sable fait partie des rares collaborations de la carrière de Djadja & Dinaz. C’est un extrait de la compilation Black Mathusalem de Coolax (Bomayé Musik).

 

R.A.P. R&B : Vous aimez bien voyager pour vos clips. Vous partez exprès pour tourner ou c’est aussi l’occasion de prendre des vacances ?

Dinaz : C’est surtout pour faire voyager le public, montrer de nouveaux trucs. C’est pas pour nous, sinon on prend une semaine et on ne tourne pas de clip ! Quand on part clipper, on ne profite même pas du paysage.
Djadja : On se lève à 6h, 7h du matin.
Dinaz : Si on fait des activités, c’est pour le clip.
Djadja : Quand on part une semaine, on se dit qu’on va tourner pendant 5,6 jours et le dernier jour on en profite pour manger une petite glace si on peut (rires). Mais sinon c’est le charbon avant tout.

R.A.P. R&B : Vous dîtes aussi “Là on est dans le quartier, ce soir on est sur scène”. Dans votre vie, il n’y a vraiment que le quartier et la musique ?

Djadja : On a quand mêmes des loisirs à côté, des choses qu’on aime bien faire. On va au restaurant, à la piscine…
Dinaz : Je fais de la moto. On a nos petits loisirs.
Djadja : On n’a pas des vies de stars, les gens de notre quartier nous voient pas comme des stars.
Dinaz : On est pareils qu’eux. On va manger avec eux.
Djadja : Je mange dans ton sandwich, je bois dans ta canette, y’a pas de problème.

“Quand on sera satisfait de nous, on partira du quartier…” 

R.A.P. R&B : Dans l’album, vous ne parlez pas beaucoup d’activités en dehors de la vie de quartier, moins que sur les précédents en tout cas…

Djadja : On est plus dans le conseil, on a plus de recul. Dans le rap, c’est trop sur les filles, les boîtes de nuit, les armes… Il n’y a pas que ça. Ça fait partie des choses de la vie, on en parle, c’est ce qui attire, mais y’a aussi les petits trucs simples. C’est aussi ce qui sort de notre tête, ce qui nous inspire quand on a une mélodie.