KAARIS : “Ça peut s’arrêter là, j’ai eu ma revanche sur la vie…” ! [L’INTERVIEW]

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Kaaris vient de sortir Dozo, son 4ème album. Avec déjà 3 singles et 2 clips, la promo du projet a bien démarré et c’est un Okou détendu et serein que nous avons rencontré. Entre sa vie de père, sa carrière de rappeur et ses 1ers pas dans le cinéma, le sevranais multiplie les casquettes, mais garde la tête froide. De la création de cet album à ce qui a animé son actualité ces derniers mois: les concerts, les clashs, mais aussi l’africanité de plus en plus présente dans sa musique, K Double Rotor tape la discut’ avec nous. Interview fleuve…


 

Ça peut s’arrêter là, j’ai eu ma revanche sur la vie,
sur des gens, sur plein de choses. Je suis content.”
 

R.A.P. R&B : Comment tu résumerais ce qu’il s’est passé dans ta vie depuis la sortie de ton précédent album, Okou Gnakouri ?

Kaaris : Ma fille a grandi. Quand je lui dis : “Il est où ton nez ?”, elle fait ça (il montre son nez, Ndlr). (Rires) Elle comprend ce qu’on lui dit, elle grandit bien. Et professionnellement, j’ai tourné pour défendre le CD, j’ai fait énormément de shows et ça s’est bien passé.

R.A.P. R&B : Tu tournes beaucoup en showcases, du coup tu fais moins, voire pas de concerts…

Kaaris : Après c’est un choix, il y a des artistes qui préfèrent faire des concerts, peut-être que leur musique est moins adaptée aux showcases. Il y en a qui préfèrent faire la tournée des boîtes. Les années précédentes, j’avais donné des concerts, mais là j’ai préféré faire des boîtes…

R.A.P. R&B : Parce que c’est plus intéressant financièrement ?

Kaaris : Ouais… enfin ça rapporte aussi de faire un Bercy, un Stade de France ou des Zénith. Mais c’est vrai que c’est un show en modèle réduit. Après, que tu sois en concert ou en show, il faut te donner à fond pour le public. Moi, quand je sors de 1 heure de scène, je transpire autant qu’en show. J’aime bien les 2 exercices. Pour la tournée de Dozo, je pense que je vais faire qu’une date dans une bonne salle parisienne que je n’ai pas faite. Après, je ne sais pas si je ferais une tournée de showcases ou pas. Ça dépend de comment l’album prendra.

R.A.P. R&B : Entre tes shows, le studio et le cinéma, t’as du temps pour ta fille ?

Kaaris : Ouais, je ne tourne pas un film toutes les 5 minutes non plus. Je ne tourne pas beaucoup de films. Dieu merci, j’en ai fait 3 et il y a des acteurs qui sont à fond et qui n’auront peut-être jamais de rôle dans leur vie, donc c’est déjà bien. Mais ce n’est pas un truc qui me prend du temps. J’ai le temps de voir ma fille ? J’ai le temps de voir tout le monde.

R.A.P. R&B : En parlant de ta fille, tu l’exposes beaucoup sur les réseaux alors que souvent on cache ses proches…

Kaaris : Je mets ma fille sur mon Insta comme Dj Khaled met son fils. C’est une star ma fille ! En plus elle est belle, tout le monde la connaît, donc je suis content. Tout le monde voit qu’elle est belle…

R.A.P. R&B : Tu prépares le terrain pour sa carrière !?

Kaaris : Non, non, non, c’est vraiment pour montrer mon bonheur. Ça ne va pas plus loin. Je montre mes baskets, ma tête, je rappe des morceaux, je montre ma fille, je montre ce que je vais manger, je montre juste des scènes de vies, c’est tout.

Jsuis avec mon sparing partner en attendant la sortie de l’album le 3 novembre #Lalbumestenprecommande #cavafairemal

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R.A.P. R&B : Du coup, dans quel état d’esprit as-tu réalisé ton album, Dozo ?

Kaaris : Dans l’euphorie, la joie de vivre, amenées par la naissance de ma fille, la famille, tout ce qui m’entoure. J’étais vraiment dans une plénitude pour faire cet album.

R.A.P. R&B : Mais tu restes hardcore. La plénitude n’a pas apaisé tes pulsions en studio ?

Kaaris : Ça, ça ne change pas (rires). Si je rentre en studio, je sais ce que je dois faire. Ça me calme pas, mais en même temps je n’étais pas en train d’égorger des chats quand même (rires) ! Je fais juste des Cd’s, tu vois. Je suis dans le rap hardcore comme moi j’aime. Ce qui est bien aujourd’hui avec le streaming, c’est qu’il y en a pour tout le monde. Les gens choisissent ce qu’ils veulent écouter. Mais moi, je ferai toujours du rap hardcore, j’aime bien.

R.A.P. R&B : Et quand ta fille sera en âge d’écouter… Tu y penses ?

Kaaris : Moi aussi, plus jeune, j’ai écouté du rap hardcore américain et français. Après c’est vrai que plus les époques avancent et plus ça s’endurcit, mais les gens sont également plus habitués à ça. Je pense qu’en 2020, mes paroles seront comme des sons de Charles Trenet. Je serai complètement obsolète, comme un vieux vaisseau échoué au Japon. Pourquoi au Japon ? Parce que les vaisseaux sont souvent échoués au Japon dans les dessins animés.

Je pense qu’en 2020, mes paroles seront comme des sons
de Charles Trenet. Je serai complètement obsolète,
comme un vieux vaisseau échoué au Japon.”
 

R.A.P. R&B : Tu cites le Japon, t’as l’air d’aimer cette culture ?

Kaaris : Je kiffe la culture asiatique. Je ne la connais pas de ouf, mais j’ai toujours trouvé qu’ils avaient du style. J’aime bien leurs traditions. Nous aussi, on a des bonnes traditions en Afrique ou en Bretagne, tout le monde a de bonnes traditions. Mais il y a quelque chose de fascinant de ce côté là du globe.

R.A.P. R&B : Quand tu fais le morceau Végéta, ça va dans ce sens ?

Kaaris : Là, c’est juste le titre que je prends. Et le côté très très énervé dans le son, qui me fait penser à l’état d’esprit de Végéta, qui est quelqu’un de bon au fond. Ce n’est pas que de la haine ou de la rage. Dans Végéta, il y a Sangoku et Freezer – ou Cell. Il a les 2 parties lui. A moins que je me trompe aussi.

R.A.P. R&B : Cette double facette, on la retrouve également dans ta musique…

Kaaris : On a tous plusieurs sentiments en nous, on a cette dualité qui fait qu’on ne peut pas être tout blanc ou tout noir. On a tous nos penchants schizophrènes. C’est vrai qu’au début de ma carrière, c’est plus le côté sombre qui dominait, mais avec l’âge, le temps, l’expérience, je peux faire certains types de sons que j’ai eu envie de faire à l’époque, mais pour lesquels je n’étais pas prêt. Un son comme Etre deux, je n’aurais pas pu le faire il y a 5 ans.

je n’ai jamais pris de cours de chant…
Pourquoi, tu me crois pas ?” 

R.A.P. R&B : Tu parles de l’aspect technique ou également du thème que tu n’aurais pas pu aborder ?

Kaaris : Je parle des 2. J’ai travaillé ma voix, de ce côté chanté, et comment faire pour y arriver. Et pour le thème aussi. Le chant, on me l’a appris après Le Bruit de mon âme mais ça été rapide : comment échauffer ma voix, comment faire la, la, la… (Il fait des notes avec sa voix, Ndlr). Et après tu comprends comment poser quand la musique est comme ça ou comme ça. C’est quelque chose que ton corps assimile.

R.A.P. R&B : Tu as donc pris des cours de chant ?

Kaaris : Non, on m’a juste expliqué, je n’ai jamais pris de cours de chant… Pourquoi, tu me crois pas (rires) ? On peut appeler ça des cours puisqu’on m’a expliqué. Mais je ne suis pas allé chez un prof de chant… Il n’y a pas de mal à ça, mais c’est comme ceux qui font de la chirurgie esthétique, ils ne te diront pas qu’ils en font ! Alors laissez-moi tranquille (rires)…

R.A.P. R&B : Et aborder le thème de l’amour, ça semble être de plus en plus facile pour toi ?

Kaaris : J’avais essayé de l’aborder dans des morceaux comme Or Noir, mais ça restait un peu cru, un peu dur. Là, j’ai essayé de l’aborder d’un autre angle et d’une autre manière. Si on parle du son Etre deux, le thème est clair : j’explique que les hommes font beaucoup de bêtises et les femmes savent qu’on est des cons, tu vois ce que je veux dire ? Peut-être qu’avant je n’aurais pas pu le dire, mais aujourd’hui j’avais envie de le dire.

R.A.P. R&B : C’est venu avec l’âge ?

Kaaris : C’est peut-être l’âge, on vieillit. Toi, ça fait combien de temps que je te vois ? T’as la barbe qui blanchit, moi je n’ai plus de cheveux, c’est la merde (rires) !

R.A.P. R&B : Pour ceux qui te suivent de loin, ça peut leur faire bizarre de t’entendre passer d’un son comme Tchoin à Etre deux

Kaaris : Je ne passe pas de Tchoin à Etre deux, mais de Boyz N The Hood à Etre deux. Tchoin, c’est ce qu’on a retenu de ma discographie, mais ils vont aussi kiffer Etre deux. Ce n’est pas le même thème, pas la même écriture, c’est moins hardcore… mais quand t’écoutes bien, tout n’est pas rose dans ce morceau….

R.A.P. R&B : Il y a aussi Diarabi c’est dans la même veine, non ?

Kaaris : Ouais, c’est le même genre. “Diarabi”, ça veut dire « “Mon amour” en Bambara. J’explique à une femme qu’il faut qu’on fasse de l’argent et qu’on s’en aille. Parce qu’une fois que t’as des sous, y’a des loups !

R.A.P. R&B : Pour revenir au concept de l’album: Dozo c’est le nom des chasseurs traditionnels de l’Afrique Ouest. Qu’est-ce qui te plait chez eux ?

Kaaris : Ça vient de l’Empire Mandingue (l’Empire du Mali, Ndlr), et aujourd’hui tu peux en retrouver au Mali, en Côte d’Ivoire, partout. C’est vraiment le côté protecteur qui me plait. Il est là pour protéger le village, la cour familiale… Et tout le monde si c’est possible.

R.A.P. R&B : La pochette est également un parti pris. Loin des clichés du rap…

Kaaris : Moi, je la trouvais belle et elle allait parfaitement avec ce titre, cet album et mon état d’esprit. Donc je me suis dit : on va faire ça. C’était un truc spontané et c’est une scène de vie normale, que tu peux voir partout et tout le temps en Afrique. Je l’adore : les couleurs sont vraiment belles. C’est original et différent de d’habitude. J’vais pas faire une pochette où j’suis assis sur une voiture avec plein de bling-bling sur moi comme ça se fait dans le rap. Là, c’est original et décalé.

R.A.P. R&B : Et c’est aussi une manière de revendiquer tes origines, comme le fait qu’il y ait de plus en plus de musiques afro dans tes albums…

Kaaris : Il faut se rendre compte d’une chose : la musique africaine a pris le dessus sur quasiment toute la musique internationale. C’est ça qui marche, et c’est un juste retour des choses. C’est une musique rythmée. Comme dirait l’autre raciste… comment il s’appelle ?

R.A.P. R&B : Henry de Lesquen ? Qui parle de musique “congoïde” ?

Kaaris : Ouais, il avait dit que c’était de la musique pour baiser ou j’sais pas quoi ! (Il éclate de rire, Ndlr) Oh le bâtard ! C’est le mec de Radio Courtoisie ?

R.A.P. R&B : Il a été viré après…

Kaaris : Pour ça ?!?

R.A.P. R&B : Non pour l’ensemble de son œuvre je crois.

Kaaris : Ils auraient dû le laisser faire rigoler les gens, il était marrant lui…. “Congoïde”, le bâtard ! Pour lui, on est tous des ges-sin, des bonobos en puissance !

R.A.P. R&B : Le 1er extrait de l’album, c’était le clip du morceau Dozo. C’est toi qui a eu l’idée de la référence à Game of Thrones ?

Kaaris : T’avais remarqué ou on te l’a dit ?

R.A.P. R&B : J’ai remarqué direct !

Kaaris : Parce que y’a des gens qui ne l’ont pas remarqué. Bon en vrai, y’en a juste 2 ou 3 qui m’ont fait : “ah ouais ? j’avais pas vu” ! Si tu suis Game Of Thrones, tu sais que c’est Arya la cheftaine ! Et j’aime bien comment elle a tué le Lord dans le dernier épisode… Comment il s’appelle ?

R.A.P. R&B : Lord Baelish !

Kaaris : Ouais, j’aime bien comment elle fait, sans lui parler… Tu lui ressembles un peu non ?!

R.A.P. R&B : C’est vrai !?

Kaaris : Nan, j’déconne…

R.A.P. R&B : Tu fais pas mal de name-droping dans l’album : Noreaga, Birdman, Mobutu, Feghouli, Jérôme Cahuzac, Végéta, Lucien Sampaix, Frank Mir, Djokovic, Poutine… Est-ce que ce sont tous des références pour toi ?

Kaaris : Non, il y en a certains qui ne sont pas des références du tout. Feghouli, c’en est une, Noreaga non. Lucien Sampaix, c’est une référence parce que c’était un résistant.

R.A.P. R&B : Frank Mir ?

Kaaris : C’était un très bon combattant. Il l’est toujours aujourd’hui d’ailleurs. Même si on s’y prenait à 2, on ne pourrait rien faire. J’aimais beaucoup son style même si aujourd’hui il a perdu. Maintenant il y a plus fort que lui, mais c’était une époque.

R.A.P. R&B : Djokovic… Tu suis le tennis ?

Kaaris : Je ne suis pas un expert, mais je suis le tennis. J’essaye de ne pas rater un Roland-Garros à la télévision et j’aimerais bien y aller. Et ce joueur est simple, j’ai l’impression que c’est quelqu’un de gentil. Après c’est juste une impression.

R.A.P. R&B : Et Poutine ?

Kaaris : (Il souffle). Poutine, c’est pas une référence. Il a été président, 1er ministre, président… Beaucoup de coups fourrés. Je le cite parce que c’est une figure. C’est une référence pour les hommes politiques parce que je crois qu’ils aimeraient tous faire comme lui. Ils peuvent pas parce qu’ils n’ont pas les couilles, il a les couilles plus grosses que tout le monde !

R.A.P. R&B : Tu cites également Sefyu, c’est pour lui rendre hommage ?

Kaaris : Je trouve que c’est une figure importante du rap, surtout du 93. Il a marqué son temps. La première fois qu’on a écouté La Vie qui avec on était tous comme des oufs ! C’était nouveau, c’était frais. Je le cite pour dire que je viens du 93 comme Sefyu.

Sefyu – La vie qui va avec :

R.A.P. R&B : Le 2ème extrait que t’as lâché c’est Je suis gninnin, je suis bien. D’où ça vient le mot “gninnin” ?

Kaaris : C’est comme “tchoin”, c’est de l’argot ivoirien, ça veut dire : je suis bien, je suis fonce-dé, je suis bien gavé quoi.

R.A.P. R&B : Tu conclues l’album par le morceau Victoire. Ça signifie que t’es arrivé au bout du game et que tu as gagné ?

Kaaris : Ouais, j’ai gagné, bien sûr. C’est pour ça que je dis Victoire. Même si demain mes albums prennent moins bien ou quoique ce soit, mais j’ai gagné. Tout ce que j’ai maintenant, c’est que du bonus. Je m’en sors bien, je suis bien. Ça peut s’arrêter là, j’ai eu ma revanche sur la vie, sur des gens, sur plein de choses. Je suis content.

R.A.P. R&B : Lors de notre 1ère rencontre, il y a quelques années, je voulais te parler de ta cicatrice sur le nez, et tu m’as dit : “Je t’en parle pas maintenant, mais dans quelques albums…“ On en est au 4ème, c’est le moment…

Kaaris : Ouais, ben pour le prochain alors (rires) !

R.A.P. R&B : Mais c’est si chaud d’en parler ?

Kaaris : Non, en vérité ça ne mérite même pas qu’on en parle. C’est rien du tout, c’est comme si t’étais tombé quand t’étais petit et que ça te fait une trace là (il montre son visage, Ndlr), j’vais pas te demander : “Pourquoi t’as une trace là ?”, tu vois ? On va dire que je suis tombé d’une chaise.

R.A.P. R&B : Il y a des choses comme ça que tu t’interdis de dire dans tes albums, ou ailleurs ?

Kaaris : Il y a plein de choses que je ne dirais jamais à personne. Comme tout le monde, j’ai plein de secrets… Toi aussi t’as plein de secrets… surtout toi ! Evidemment, j’ai des choses que je n’ai pas envie de dire.

R.A.P. R&B : Et que tu pourrais dire plus tard ?

Kaaris : Non, jamais. Le truc de la cicatrice je ne le dirais jamais. Je suis quelqu’un de pudique, je n’aime pas me mettre à poil bêtement. Tu ne me verras jamais au Cap d’Agde marcher avec un panier de pommes (rires) !

Je ne suis que dans la défense, je suis un défenseur moi.
Mais j’attaque aussi des fois.” 

R.A.P. R&B : Il y a une vidéo qui circule (voir ici), dans laquelle tu disais – il y a quelques années – que les clashs c’était important…

Kaaris : Ah oui cette vidéo… J’étais jeune et ambitieux. On m’a dit aussi que Sinik disait pareil à l’époque. Mais aujourd’hui, le rap touche beaucoup plus de monde, et donc beaucoup plus de jeunes. Le rap n’influence pas les actes des gens dans la vie de tous les jours, mais si on peut éviter de montrer une mauvaise image, ça peut être bien aussi.

R.A.P. R&B : Le clash s’est un peu détourné de ce que c’était au départ ?

Kaaris : Ça ne sert plus à rien pour moi. Les gens qui clashent pour faire du buzz, ça ne sert plus à rien. Aujourd’hui avec Internet, si ton son il est bon, on le saura. Je pense que la plupart des clashs c’était pour faire parler de soi. Après, bien sûr qu’il pouvait y avoir de la réelle animosité entre les gens… Peut-être que j’ai mûri, mais pour moi ça sert à rien du tout.

R.A.P. R&B : Pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, on t’a vu faire des vidéos un peu

Kaaris : Ça, c’est de l’autodéfense. Je ne suis que dans la défense, je suis un défenseur moi. Mais j’attaque aussi des fois. Une fois que j’ai récupéré le ballon, j’essaye d’aller devant avec pour marquer un but !

R.A.P. R&B : Le clash reste un élément important du rap, ou pas ?!

Kaaris : C’est pas que dans le rap, c’est dans toutes les musiques. Dans le rap, ça a une plus grosse ampleur parce que c’est la musique que les jeunes écoutent. Je sais que ça se clashait avant, les Johnny Hallyday avec je ne sais plus qui. Mais le rap, c’est comme le foot, dès qu’il se passe un truc ça prend plus d’ampleur parce que ce sont les jeunes qui sont sur les réseaux sociaux, ça fait des top tweets, etc. Mais dans toute la musique c’est comme ça, les frères Gallagher qui n’aiment pas qu’on les compare aux Beatles, et qui s’aiment pas entre eux, c’est pareil.

Hahahahaha @youssouphadiaby des barres mon frerot #DozoLeSonQuiFaitFlipper #DozoMonNouveauSonEstSorti #IlvaPleuvoirCetteHiver

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R.A.P. R&B : Tu nous dis un petit mot sur la vidéo de Youssouph Diaby ?

Kaaris : Celle où il chante avec moi ? Pourquoi tout le monde me parle de ça ?

R.A.P. R&B : Parce que c’est marrant !

Kaaris : C’est vrai que quand je l’ai vu j’ai explosé de rire, elle est trop marrante. Je parle avec lui de temps en temps, il est cool.

R.A.P. R&B : Quand tu prononces ces mots “pute”, etc, en intro de Dozo, faut le prendre comment ?

Kaaris : “Tout d’abord ta mère la grosse pute” ? Ben ça veut dire : “Tout d’abord ta mère la grosse pute”, wesh !

R.A.P. R&B : Et les “Pute, pute, pute, pute”, ça s’adresse à qui ? Parce que Youssoupha Diaby ça le fait flipper !

Kaaris : C’est un gimmick, clairement au même titre que le “Oh clique”. Maintenant, il y en a des nouveaux comme “Vroum, vroum”, dans Mood et Courez. J’aime bien celui-là. Je suis rentré en cabine et c’est venu tout seul.

R.A.P. R&B : Tu les sors pour te motiver avant de lâcher un couplet ?

Kaaris : Non, même pas. Quand j’ai fini de poser un morceau, il faut que je fasse une piste d’ambiance, et là je les fais.

“Le rap français, c’est comme des matchs de foot avec des   rappeurs : il y en a qui choisissent leur club et qui ne veulent pas  f aire de trucs avec d’autres rappeurs.” 

R.A.P. R&B : Pour ce qui de la conception musicale de l’album, on retrouvait encore un peu Therapy sur le dernier. C’était juste après votre rupture. Maintenant, la page est définitivement tournée ?

Kaaris : Je me suis tourné vers autre chose, d’autres formes musicales. Ses prods à lui sont un peu plus durs. La couleur de l’album n’est pas du tout dans cette direction-là. Ceux qu’on retrouve le plus dans l’album, c’est Double X qui sont aujourd’hui très présents dans l’univers du rap. Ils font beaucoup de titres et beaucoup de hits. Il y a aussi le toulousain Guilty de Katrina Sqaud, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il y a un mec qui s’appelle Taylor Beats que j’ai découvert comme ça pour le son Diarabi. Je ne sais même pas d’où il vient, j’ai reçu ses prods sur Internet. Ça faisait super longtemps que j’avais ses instrus et je suis tombé dessus par hasard. Il y a aussi Blackstar et Mr. Punisher.

R.A.P. R&B : Tu n’as pas cherché à te distinguer en cherchant des perles et ne pas avoir les mêmes beatmakers que les autres ?

Kaaris : En fait, Double X, ils ont un fort buzz de ouf, mais je ne les connaissais pas avant OG et Tchoin… En fait, je travaille différemment avec eux. Les autres beatmakers m’envoient les prods et je fais les trucs de mon côté. Alors qu’avec eux, je suis en studio et on travaille les sons ensembles. Ils les enregistrent, les arrangent, les mixent, c’est une autre approche que j’ai avec eux. J’écoute d’autres beatmakers, mais j’ai du mal à écouter beaucoup d’instrus. A un moment, je sature et c’est vrai que quand c’est Double X, je suis à peu près sûr d’en kiffer dans la palette… donc j’écoute les leurs en 1er.

R.A.P. R&B : Et Katrina Squad ?

Kaaris : Ils m’avaient envoyé des prods pour OG. J’avais posé un ou 2 morceaux dessus et je ne les avais pas gardés, mais je suis resté en contact avec Guilty. Il m’a envoyé des prods et j’ai kiffé celles de Dozo, Végéta

R.A.P. R&B : L’album contient 16 tracks, tu en as fait plus ?

Kaaris : Ouais, il en reste 5. Au bout d’un moment quand tu fais le tracklisting et que tu dois retirer des titres, tu retires ceux dont tu as l’impression… enfin ça reste des titres qui peuvent être mis dans un album. Ou sur une réédition.

R.A.P. R&B : Kalash Criminel et Sofiane sont les seuls feats de l’album. Quels sont tes liens avec eux ?

Kaaris : Kalash, c’est un gars de mon quartier, on se connaît depuis toujours. Sofiane, c’est un gars d’un autre quartier où j’ai habité, que je connais aussi quasiment depuis toujours. Ça a été plus facile de faire un feat avec eux parce que c’est vraiment des potos. Ça a été rapide, simple et efficace.

R.A.P. R&B : Tout le monde s’attend à un morceau hardcore entre vous 3 (Bling-Bling), mais ce n’est pas le cas…

Kaaris : J’ai fait un contre-pied et je préfère faire ce genre de morceau-là. Je trouve qu’il passe bien le morceau, je le kiffe.

R.A.P. R&B : D’autres feats en dehors du 93 n’étaient pas envisageables ?

Kaaris : Moi, je n’ai jamais fait beaucoup de feats. J’en fais peu. Dans le rap français, c’est comme des matchs de foot avec des rappeurs : il y en a qui choisissent leur club et qui ne veulent pas faire de trucs avec d’autres rappeurs. Moi, je trouve que se mélanger et faire des feats, c’est bien mieux. Mais bon, moi je suis capable de faire 10 albums avec zéro feat. Les morceaux qui ont le mieux marché dans ma carrière sont ceux que j’ai fait seul. Un feat c’est bien, mais faut aussi que le morceau soit bon.

Je ne me prends pas la tête car je sais que des gens aimeraient    être à ma place. J’en suis conscient.” 

R.A.P. R&B : Dans Mood, tu parles de ta « bonhomie ». Qu’est-ce que tu entends par ta « bonhomie »?

Kaaris : Ma joie de vivre, mon côté un peu sympa. Je suis un mec sympa, je suis un mec sentimental, je suis prude, je suis réservé, tu connais (rires) ?

R.A.P. R&B : Ouais (rires) ! Pour finir, y a-t-il un titre de l’album qui se démarque et qui a le potentiel de Tchoin ?

Kaaris : Je ne cherche pas le potentiel de Tchoin, comme à l’époque je ne cherchais pas le potentiel de Zoo. Dans l’album, il y a des plus gros potentiels que Tchoin. Pour moi, Diarabi est 10 fois plus puissant, Etre deux est plus puissant. Après, Tchoin c’est un gimmick tellement simple que ça reste dans la tête des plus jeunes, mais ça va frapper autant… Du moins je l’espère !

R.A.P. R&B : Côté cinéma, t’as d’autres projets en vue ?

Kaaris : Ouais, mais je ne peux pas en parler. C’est un truc top secret, gardé dans un coffre-fort (rires). C’est un gros, gros projet.

R.A.P. R&B : Et tu vas chercher à sortir du cliché street de tes rôles ?

Kaaris : J’aimerais bien, mais ce n’est pas moi qui décide. C’est ce qu’on m’envoie et ce qu’on me propose. Après je ne suis pas con, je ne vais pas avoir un rôle à la place de Gaspar Ulliel. Je sais très bien quel rôle on va me proposer. Mais c’est déjà une chance, je suis content de participer à un projet si on m’appelle. Alors si c’est pas un truc chelou que je n’aime pas faire, j’y vais. Je ne me prends pas la tête car je sais que des gens aimeraient être à ma place. J’en suis conscient.

Pour la tournée de Dozo, je pense que je ne vais faire qu’une  date dans une bonne salle parisienne que je n’ai pas faite.” 

 

Kaaris – Kébra :