NIRO : UN MC PAS COMME LES AUTRES ! (L’INTERVIEW… avec Alban Ivanov)

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Il y a des soirs comme ça où il faut laisser s’exprimer la magie du direct. Initialement réuni avec d’autres médias pour écouter le 4e opus du Mc paru en décembre 2016, Les autres, à bord d’un bateau lors d’une croisière le long de la Seine, c’est ici que Niro a accepté de se poser un moment avec R.A.P. R&B pour un entretien exclusif, et improvisé. Celui dont la parole est rare fait le point en toute sincérité sur son parcours, ses aspirations et son évolution dans le rap… avant d’être rejoint par un autre interlocuteur de choix, Alban Ivanov, pour quelques passes d’armes verbales collect’Or…


 

Quand je vois des gens sourire et me dire “c’est lourd” et puis  qu’après, derrière, ça parle mal quand on est au pied du mur, forcément j’ai des réactions très primaires…” 

R.A.P. R&B : C’est original de se revoir dans ce cadre, sur un bateau, en costard… Revenons sur la sortie d’Or Game (en mai 2016). A l’époque, elle s’est faite dans un contexte un peu particulier, tu semblais tendu, tu n’as pas cherché la médiatisation… Tu étais dans quel état d’esprit ?

Niro : En vrai, j’arrivais à un stade où j’avais suffisamment prouvé. Je me suis dit : tu as une base fan, tu peux compter que sur cette base. J’aime pas trop ce mot, disons que ce sont des gens qui me suivent. Ça me permettait de jauger mon public de sortir cet album, sans promo, sans rien. On a réussi à faire un score de fou d’autant plus qu’on était parmi les 1ers à le faire et qu’on était pas les plus armés pour le faire. A ce moment, j’en voulais aux médias. Ce que je leur reproche, c’est d’être là quand tout va bien et quand ça ne va pas, les ¾ font comme s’ils ne te voyaient pas. A cette époque-là, je me suis un peu renfermé sur moi-même. Je me suis dit, fais sans eux.

R.A.P. R&B : Dans le titre Rasta Rocket sur Les Autres, tu dis : “Trop hardcore pour la playlist de Sky”, ça rejoint ta réflexion sur les médias ?

Niro : Je décris ma réalité tout simplement. Je ne vais pas rentrer dans ce débat : “Je suis boycotté…” parce que c’est une position victimaire que je n’aime pas. Je pense que Laurent Bouneau (directeur des programmes de Skyrock, Ndlr) a suffisamment de maturité, de savoir et de métier pour comprendre que quand tu n’as plus le choix, il faut jouer le jeu, même si tu n’apprécies pas vraiment l’artiste ou l’humain. J’ai jamais réellement su pourquoi ils ne me jouaient pas. Ils m’ont joué une fois sur 6 albums. Je ne veux pas me prendre la tête sur ça parce que Skyrock, ce n’est pas une fin en soi. Les artistes arrivent très bien à vivre sans eux. Si un jour ils jouent le jeu, tant mieux, on ne leur a jamais fermé la porte, c’est plutôt l’inverse. Moi, dès mon 1er album, j’avais des titres radiophoniques. J’ai fait Rester soi-même. Sur Si je me souviens, il y avait Le ciel est ma limite. Il y a eu de quoi me passer à l’antenne…

R.A.P. R&B : Malgré tout, tu dégages aujourd’hui une image plus festive qu’auparavant (comme en organisant une soirée sur un bateau pour présenter Les autres), où tu livrais une image plus dark…

Niro : Je suis de nature plutôt réservé. J’ai quand même pris en maturité, avant j’étais plus radical. J’ai toujours assumé cette partie radicale de ma personne. J’ai pas grandi dans le rap moi. Moi, quand je vois des gens sourire et me dire : “c’est lourd” et puis qu’après, derrière, ça parle mal, quand on est au pied du mur, forcément j’ai des réactions très primaires. J’apprends à tolérer les gens. Mais j’ai pas changé de discours depuis le 1er album, il est juste plus soigné. J’essaie d’apporter mon message, mon authenticité.

R.A.P. R&B : Autre cible de tes vindictes, l’industrie : “L’industrie m’a sucé, j’ai pas ché-cra”. Tu vises qui en particulier ?

Niro : La musique au moment où j’ai écrit ça, je la comparais un peu à une pute. J’avais l’impression de crier “je t’aime” à une pute. C’est par rapport au fait qu’il y ait grave des gens qui m’ont appelé quand eux pensaient que je symbolisais la réussite. A un moment, j’ai grave donné en featurings et aux médias. C’est comme un sportif, quand il perd un combat, tout le monde lui tourne le dos. J’ai eu cette impression. L’industrie se chauffait sur ma tête, j’avais tous les médias, tous les rappeurs, les maisons de disques. Finalement, j’ai pas pris mon plaisir et quand je dis : “j’ai pas ché-cra,” c’est une manière de dire que j’ai pas eu l’ascension que je devais avoir avec ce truc-là. A une époque, je m’attendais à avoir une certaine reconnaissance. J’ai été lassé de ça. Tout ça m’a permis d’avoir du recul. Aujourd’hui, je suis prêt à ne plus faire disque d’or.

Musicalement, c’est mon album le plus abouti. Après, ça ne l’est peut-être pas en terme d’écriture.” 

R.A.P. R&B : Quand tu as enregistré Les autres, rapidement Disque d’or, musicalement, tu voulais aller où ?

Niro : J’avais envie d’aller au-delà de ce que je faisais, mais ça c’était pour moi. Avant, pour mes albums, je me disais : ce morceau, je vais faire un effort pour qu’il soit playlistable parce qu’on me le demandait, à StreetLourd. Là, j’ai proposé un album où je me suis fait plaisir. J’ai essayé de me prouver à moi-même que je pouvais tout faire, un morceau ragga, un morceau variété. Musicalement, c’est mon album le plus abouti. Après, ça ne l’est peut-être pas en terme d’écriture.

R.A.P. R&B : Par le passé, tu avais déjà travaillé avec Therapy, mais sur Les Autres, il est beaucoup plus présent…

Niro : Il y a quelque temps, il m’avait appelé pour faire une mix-tape en commun. C’est toujours en projet, on est censé le faire plus tard. Moi, j’étais sur mon album, je commençais à stagner au niveau des sons que je recevais, il me fallait une autre couleur donc j’ai proposé à Therapy de venir parce qu’il avait une couleur qui m’intéressait. J’ai pris des risques parce que je voulais les prendre, montrer que je ne tournais pas en rond. On est dans une ère où la musique évolue et j’ai pris mon pied à la faire évoluer. Dans Therapy, il n’y a pas que Mehdi, il y Benny, Lockson, Chichi. Il y a plusieurs couleurs.

Je me suis mis des gens à dos qui ont fait que ça n’a pas pu réussir comme ça aurait dû, des gens comme Chulvanij…” 

[A ce moment, Alban Ivanov fait son apparition autour de la table et entre dans la conversatio]

R.A.P. R&B : Alban, ton impression à l’écoute de l’album Les Autres de Niro ?

Alban Ivanov : Pour moi, Niro, c’est le dernier des Mohicans. Il y a le rap et LE rap que j’aime. Dans le rap que j’aime, il ne reste que lui, c’est le dernier de la street, qui parle des vraies choses.

Niro : Voilà, ça, ça fait grave plaisir, là il m’a fait une déclaration d’amour et j’ai envie de le ken (rires) !!!

R.A.P. R&B : On a souvent entendu que Niro était le Rohff de son époque, tu en penses quoi ?

Alban Ivanov : J’aime pas comparer. Moi, ce que j’aime dans le pera, c’est quand je reconnais la voix, le style, l’authenticité. Avec Niro, les albums passent, mais l’authenticité est toujours là. Pour moi, il est dans le vrai. Moi, je suis pareil dans l’humour. On aime ou on n’aime pas. Il n’y a pas d’effort de vouloir faire danser tout le monde. Il n’y a pas de calcul et tu aimes ou non. Moi, j’aime et je suis encore là.

Rohff, je le connais, c’est un très grand artiste. Je le vois à la cité. C’est pas tout le rap game que tu croises dans la rue. C’est un mec très fiable, très cohérent…” 

R.A.P. R&B : Tu pourrais parodier Niro comme tu as pu le faire avec d’autres Mc’s, PNL ou Black M ?

Alban Ivanov : Pas le parodier. Mais c’est vrai qu’il a un truc reconnaissable avec sa voix grave, il fait des bruits : Arrrgh (rires) ! Et il a la tête qui penche aussi… !?

Niro : Nous aussi, on sait rire, il faut pas croire ! Les gens pensent qu’on est là que pour tirer sur les gens. C’est pas vrai, on est des mecs super mignons !

Alban Ivanov : Le problème, c’est que les gens ne veulent pas entendre les vrais trucs, les problèmes. Quand on parle des époques passées, des Brel etc. Dans ses textes, il parle de son pote au bar, il l’aime bien, il va caner. Aujourd’hui, pour moi Niro, je ne veux pas faire de parallèle, mais ce sont nos Brel des temps modernes avec nos plumes à nous. Il raconte nos vies. Après les gens préfèrent Sapés comme jamais – même si j’aime bien – on danse, on rigole. Tout ça c’est bien, mais c’est une journée sur 365 jours. Le rap de Niro, c’est les autres 364 jours. Moi, je ne suis pas dans le rap, mais nous, en banlieue, on est la voix éteinte. Drogba, Etho’o, on ne parle pas de ces gens-là par exemple qui sont des vraies voix. On fait de la varièt’, même dans le foot. Donc heureusement qu’il y a des voix comme Niro. Pour moi, on est que dans de la résistance, on n’est pas là pour briller. On s’en bat les couilles.

R.A.P. R&B : Niro, toi tu le prends comment ce parallèle qu’on fait souvent entre Rohff et toi ?

Niro : Ce serait limite manquer de respect à Rohff que de dire je suis le nouveau Rohff. Chacun a son identité. Il y a d’autres mecs que Rohff avec qui j’ai encore plus de similitudes. Mais là où j’aime pas cette comparaison, c’est que quand les gens la font, ils disent : “Rohff, c’était avant et toi, tu es un peu le nouveau Rohff.” Ça j’aime pas. Rohff, je le connais, c’est un très grand artiste. Je le vois à la cité. C’est pas tout le rap game que tu croises dans la rue. C’est un mec très fiable, très cohérent. Les gens le trouvent renfermé, mais dans son délire, moi, je le comprends totalement. Je peux comprendre qu’il ait été blasé d’un mouvement qui est trop aléatoire. Rohff au-delà des ventes, il a éduqué grave des gens. Moi, j’ai pas honte de le dire, je suis de 87. J’écoutais Rohff, Le code de l’horreur, je schlassais des gens (rires) ! On se comprend. Quand j’écoutais Génération sacrifiée et que je me reconnaissais à mort dedans, limite, je pouvais faire une bagarre pour lui. Ça a été la même pour 2Pac. Je me suis grave embrouillé avec des gens pour 2Pac, ça a fini dans des embrouilles bizarres ! Sachez que vous allez en faire votre titre d’article : Rohff, c’est toute une éducation, toute une jeunesse. Moi, j’étais gamin, j’avais pas de daron, pas de grand frère, j’écoutais Rohff, Mafia K’1Fry, Kery James. Ce que je reproche aux gens, c’est d’être grave instantanés, ils oublient ce qui a été fait dans le passé, ceux qu’ils ont respectés.

R.A.P. R&B : Messieurs, un dernier mot ?

Alban Ivanov : Niro, 6 albums et toujours hors catégorie. Propre !

Niro : Aucun dérapage. J’aurais pu réussir autrement. Je me suis mis des gens à dos qui ont fait que ça n’a pas pu réussir comme ça aurait dû, des gens comme Chulvanij (Benjamin Chulvanij, le patron de Def Jam France, Ndlr). Ils m’ont fermé des portes. Def Jam France, avant de faire le boulot sur Lacrim, ils sont venus me proposer un truc, ils m’ont dit : “tu vas faire Urban Peace, tu vas rentrer en playlist.…” La seule raison pour laquelle j’ai pas encore parlé et dit la vérité sur tout ça, c’est que je ne suis pas en position de force. Là, si j’en parle, je passe pour un aigri qui n’a pas réussi. Je vous dirai la vérité quand j’aurais réussi. Un jour je vais écrire un livre je crois !

R.A.P. R&B : En attendant ce livre, tu bosses sur un film ?

Niro : Oui, sur un film sur les enfants du divorce…

Alban Ivanov : Je veux un rôle wesh !

Niro : J’ai quelques têtes qui m’épaulent pour écrire. J’ai croisé Thomas N’Gijol, je lui en ai parlé. Je ne suis pas dans l’actoring, mais j’ai envie de parler de ce sujet à travers plusieurs histoires. A travers chaque histoire, je veux parler de faits de société. Chaque parent va représenter un fait de société, l’un d’eux représentera les alcooliques et drogués, un autre personnage, ses parents ne s’entendent pas sur la question religieuse, un autre, ce sera l’adultère… C’est pour dire que les parents sont aussi responsables de ce que les enfants deviennent. Ça sera bien fait et je ne le ferai pas tant que ça ne le sera pas. Thomas N’Gijol, il est derrière, il scénarise et donne des conseils…

Je me suis grave embrouillé avec des gens pour 2Pac, ça a fini dans des embrouilles bizarres…” 

Retrouve Niro en interview dans le magazine R.A.P. R&B #167 (voir ici) à commander ici !