SHAY : LE BITUME AVEC DES YEUX DE BICHE ! (L’INTERVIEW)

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Avec PMW, l’un des hits de l’été 2016, Shay – de son vrai nom Vanessa Levinsky – a fait une entrée remarquée dans le game. Mais pas question d’en rester là pour la rappeuse belge, petite-fille du chanteur congolais Tabu Ley Rochereau et donc nièce de Youssoupha. Celle qui a été pendant des années le secret le mieux gardé du 92i compte bien continuer de faire grossir les rangs de son Jolie Garce Gang. Entretien avec une artiste déterminée, sexy bad girl qui mêle l’esthétisme au bitume, la provoc’ à l’ambition, et donne sa version du rap au féminin…


 

Ce qui est bien avec Booba, c’est qu’il reste réaliste. Il me disait : si là, ça ne passe pas, c’est chaud…” 

R.A.P. R&B : On sait peu de choses sur toi. Où as-tu grandi ?

Shay : Je suis née et j’ai grandi à Bruxelles en Belgique. Ma mère est congolaise, mon père est polonais. J’ai un frère jumeau et un grand frère. Mon grand-père du côté de ma mère, c’était un grand chanteur congolais, l’un des piliers de la musique congolaise et africaine (Tabu Ley Rochereau, Ndlr). Du coup, depuis que je suis petite, je baigne dans la musique. Tous mes cadeaux d’anniversaire étaient toujours en lien avec la musique, genre un instrument, une radio pour s’enregistrer. Donc, j’ai toujours fait de la musique. J’ai eu une guitare, des keyboards, mais j’étais nulle. Mon frère, lui, il faisait des instrus, il y arrivait.

R.A.P. R&B : Tu parles de ton métissage dans l’album. Que t’a apporté ce mélange de cultures ?

Shay : Mes 2 parents étaient étrangers. Ce mélange, ça ouvre l’esprit. Quand tu as des parents d’autres origines, ça te permet de comprendre qu’il y a d’autres cultures, de t’adapter. Je parle beaucoup de ma mère dans l’album Jolie garce, c’est vrai, mais c’est naturel. C’est la personne la plus proche de moi. J’ai un cercle très fermé, j’ai pas beaucoup d’amis. Ma mère, c’est vraiment ma grande amie, c’est vraiment tout.

R.A.P. R&B : A l’écoute de tes textes, on sent aussi que tu as eu une période sombre plus jeune : “Je préfère faire la ’sère à fils de bourges que mendier,” dis-tu dans PMW

Shay : J’ai commencé mes bêtises, j’avais 12 ans. A 13 ans, je rentrais en boîte déjà. C’est la jeunesse un peu folle, rebelle. Cette phrase résume bien ça. Après, j’ai vite compris que rien ne valait l’argent gagné honnêtement. Tu ne construis rien avec l’argent facile. Déjà, il n’est pas facile et il te détruit plus qu’autre chose. J’ai pris conscience de ça.

R.A.P. R&B : Comment le rap passe d’une musique que tu écoutes à quelque chose que tu fais ?

Shay : C’est par hasard. Mon frère avait un home-studio à la maison. Il venait d’acheter une caméra pour filmer, il voulait faire un clip, mais sans mettre sa tête. Moi, j’étais opé pour le faire. Il m’a écrit un texte de rap. Il voulait faire un clip ghetto. C’est cliché, mais bon. Donc il m’a écrit mon 1er texte. C’est ce titre que Booba a entendu. De là, j’ai continué. A l’époque, je faisais des morceaux chantés, mais j’assumais pas trop ma voix. Du coup, je préférais rapper. Mon frère m’a beaucoup aidé. Quand je fais un morceau, dès fois c’est lui qui le commence. J’arrive pas à sortir un morceau sur lequel j’ai travaillé moi uniquement parce que j’estime qu’il peut toujours le rendre meilleur. Tous les morceaux ont été co-écrits avec lui. Ça se fait naturellement.

R.A.P. R&B : Quel regard portes-tu sur le rap féminin aujourd’hui ? Les grandes rappeuses américaines ou françaises t’ont-elles été une source d’inspiration ?

Shay : Il n’y a pas eu assez de rappeuses pour que je sois inspirée par elles. Le discours des femmes aux Etats-Unis est très porté sur le sexe, chose que j’arrive pas à faire. Du coup, je ne me reconnais pas dedans. Ce sont plus les mecs qui m’inspirent. Diam’s, j’ai écouté un peu. Ça me parlait. Lil Kim, j’aimais bien son flow. Moi, le 1er CD que j’ai acheté par exemple, c’est Xzibit. J’écoutais beaucoup ce que mon cousin écoutait, il enregistrait les clips à la télé. On regardait le Wu-Tang, Diddy, R.Kelly. L’artiste qui m’a vraiment influencé quand j’ai commencé, c’était Rick Ross. On est en 2007. Je ne posais pas encore, mais j’étais déjà à fond dans le truc.

L’artiste qui m’a vraiment influencé quand j’ai commencé, c’était Rick Ross.” 

R.A.P. R&B : D’où vient ton blase, Shay ?

Shay : C’est mon grand-père qui me l’a donné. Dans son dialecte, c’est la personne qui apporte la lumière. Il m’appelait comme ça, je l’ai gardé, j’aimais bien. Quand il me voyait, il était content. On avait une vraie relation moi et mon grand-père.

R.A.P. R&B : Comment est-ce que ta musique vient aux oreilles de Booba ?

Shay : C’est par l’intermédiaire d’un pote à moi qui envoyait des prods à Booba. Il avait la vidéo. Sur un coup de tête, il a décidé de l’envoyer à Booba. Booba a répondu directement.  Il m’a appelé pour me dire, Booba veut que tu figures sur son projet. J’étais choquée. Le lendemain, j’avais Booba au téléphone. Il me dit : “je veux poser sur ton morceau. Je vais venir à Bruxelles enregistrer, essaie de travailler sur des morceaux…” Ça a été super vite. On a enregistré Cruella (qui apparaît sur la compilation Autopsie 4 parue en 2011, Ndlr).

R.A.P. R&B : Après ça, tu as été absente pendant un long moment, tu n’as envoyé que quelques morceaux en 5 ans… Qu’as-tu fait ?

Shay : C’est simplement parce que ce morceau, c’était le 1er morceau que j’enregistrais. J’avais rien à donner aux gens. Je devais travailler et ça a pris du temps parce que je voulais être sûre de moi. J’ai enregistré une cinquantaine de morceaux avant de sortir un titre. J’étais pas prête, j’étais pas capable d’entretenir le buzz. J’en ai fait au moins 7 des albums. Si j’avais pas eu des gens autour de moi, je n’aurais rien sorti. J’étais en studio à Bruxelles tout le temps. Quand j’avais plus d’argent, je travaillais. Je n’achetais pas de sapes, rien. Je payais juste le studio. Et les bâtards au studio, comme ils avaient entendu qu’il y avait Booba derrière, ils m’allumaient. En studio, je testais plein de trucs. Pendant longtemps, j’ai fait que de la trap parce qu’on m’envoyait que ça. Puis on m’a envoyé des prods différentes.

R.A.P. R&B : Tu as fait ton retour sur le devant de la scène avec le tubesque PMW. Le morceau est allé de paire avec une nouvelle image, plus esthétique, plus sexy, un marketing nouveau autour de toi. Tout avait été pensé en amont ?

Shay : On croyait beaucoup en ce morceau, Booba et moi. Ce qui est bien avec Booba, c’est qu’il reste réaliste. Il me disait : “si là, ça ne passe pas, c’est chaud.” Pour le clip, il me disait : “il faut que ce soit le clip de la consécration.” Ils ont pensé à faire ce truc de reine. Après, j’ai toujours été à l’aise avec cette image sexy. Avant de faire de la musique, j’étais déjà tout le temps féminine, sexy. Provocante même s’il faut. Ce qui est bien avec 92i, c’est qu’ils cherchent à te connaître et à mettre ta personnalité en avant. Ils le mettent en scène comme dans Cabeza, mais ça reste moi. Cette image de femme fatale, ça fait tellement partie de moi que je ne sais pas d’où ça vient.

R.A.P. R&B : Tu parles beaucoup de ton ex dans l’album, est-ce que l’image de femme ambitieuse ou sexy peut faire peur aux garçons de ton entourage ?

Shay : J’ai eu une seule relation longue. C’est parti en couille quand j’ai commencé à m’en sortir. Je sais pas pourquoi. Je pense que ça fait peur, ça met mal à l’aise. L’homme a besoin d’être au-dessus. Quand tu vois trop grand, l’homme se sent comme en compétition et peut-être que s’il n’a pas assez confiance en lui, ça ne peut pas passer. L’image sexy peut déranger les cons. Parce que moi, je suis une meuf vieux jeu à l’extrême. Tu me vois dans les clips, ok, je suis dénudée, mais c’est juste ma manière de m’exprimer artistiquement parlant. Un mec, même pour parler avec moi, c’est compliqué. Là, tu parles avec moi juste parce qu’on fait une interview. Un mec qui me connaît, qui sort avec moi, il sait qu’il n’a aucun souci à se faire. Donc si cette image le dérange, c’est vraiment que c’est un con.

R.A.P. R&B : Tu parles à plusieurs reprises d’alcool dans l’album. C’est un de tes mauvais penchants ?

Shay : Je suis polonaise… C’est dans le sang, c’est comme ça. La 1re fois que j’ai bu, c’est mon père qui m’a fait goûter. J’aimais trop l’odeur du whisky, il m’a dit : “bah goûte !” Maintenant, j’arrête. On ne va pas faire l’apologie de l’alcool non plus.

J’ai commencé mes bêtises, j’avais 12 ans. A 13 ans, je rentrais en boîte déjà…” 

R.A.P. R&B : T’as un morceau intitulé Catch Up, c’est un clin d’œil à ton côté bagarreuse ?

Shay : Je l’étais un peu oui, quand même, mais maintenant ça c’est calmé. Maintenant, si tu me cherches, il y a un mec de sécu qui va te défoncer (rires) ! C’est mieux, c’est plus élégant. Moi, je n’ai pas à me battre, je ne veux pas, c’est moche.

R.A.P. R&B : Avec le succès de PMW, les critiques sont arrivées également. Dans Cabeza, tu dis qu’elles ne te font plus d’effet. Tu réagis comment face aux haters ?

Shay : On m’attaque beaucoup sur mon physique, tout un tas de petites choses que je ne peux pas maîtriser. Si quand on m’attaque, je commence à répondre, je vais alimenter des polémiques qui n’ont pas lieu d’être. Je suis une personne critiquable. Quand je dis que ça ne me touche pas les insultes, c’est parce qu’ils n’y mettent pas du cœur quand ils font ça. Ils parlent comme quand moi, je regarde la télé et que je m’exprime en live, je dis : “Vas-y, c’est une merde” !

R.A.P. R&B : L’un des gros singles de l’album est Thibault Courtois, du nom du gardien de l’équipe nationale belge… C’est un hommage ?

Shay : Ce morceau, il est venu après PMW. Il a au moins un an aussi. On me disait : “ce serait bien que tu parles d’amour,” mais j’y arrivais pas. Quand j’ai entendu la prod, ça m’a inspiré ça. En fait, la prod s’appelait Thibault Courtois. J’ai dit au beatmaker, t’es malade de l’avoir appelé comme ça. Mais en fait, j’ai réalisé qu’avec son nom, tu pouvais faire des jeux de mots, j’avais ça en tête et j’ai placé son nom dans le morceau, mais je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu jouer. Je sais juste que c’est un joueur de foot.

J’ai eu une seule relation longue. C’est parti en couille quand j’ai commencé à m’en sortir…” 

R.A.P. R&B : On t’a beaucoup vu en studio avec Benash pendant la création de l’album, c’est quelqu’un qui t’a aidé à peaufiner des morceaux ?

Shay : Benash, il donne la force en studio. Ce qui est bien avec lui, c’est qu’il dit quand il n’aime pas quelque chose. Il dit : “tu peux faire mieux, rentre, refais-le…” S’il doit passer toute la journée avec toi, il va le faire.

R.A.P. R&B : On a pu lire que vous étiez ensemble également…

Shay : Moi et Benash (rires) ?! Ouais, y’a aussi moi et Booba, moi et Damso. Y’a que moi et Siboy qu’on ne cite pas. C’est le seul qui m’a pas pécho. J’ai lu tout ça. Non… Il n’y a pas de ça chez nous, c’est de l’inceste, on est une famille !

 


LES 5 COMMANDEMENTS DE LA JOLIE GARCE

Pour Shay, une jolie garce est une femme qui a l’ambition de réussir et n’a pas peur de le montrer. On a malgré tout voulu savoir si la Reine du gang avait quelques conseils pour être une jolie garce dans l’air du temps…

  1. “Il faut avoir confiance en soi. C’est la qualité de base.”
  2. ““Il faut de l’ambition et être sans pitié.”
  3. Il faut être bien apprêter. Il n’y a pas de style en particulier. Michelle Obama par exemple, c’est une jolie garce et pourtant, elle n’a pas le même style que moi. Il faut juste se mettre en valeur.”
  4. “Il ne faut pas obligatoirement écouter du rap. Mais il faut quand même avoir l’album !”
  5. “Il ne faut jamais dépendre d’un homme, se respecter et se faire respecter.”