VEGEDREAM : la Côte d’Ivoire, Marchand de Sable, Maître Gims, Booba, l’album… [Interview]

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Révélé au sein de son groupe La Synésia, Vegedream a pris son envol en solo. Après quelques épisodes de sa série de morceaux Marchand de sable, il est arrivé avec une 1ère mix-tape du même nom. Venu de la danse, cet artiste à la palette musicale bien étoffée et la voix puissante nous en dit un peu plus sur son parcours… 

Soutenu par le rap game, de Maître Gims à Booba, invité sur la BO de Taxi 5 (Du Temps), on retrouvera Vegedream aux côtés de Dosseh sur son nouvel album, VidaLo$$a dispo le 6 juillet (sur le track Princes de la ville). Avant cela l’artiste d’origine ivoirienne se sera produit sur scène à Paris. En effet, après y avoir assuré la 1re partie de Dadju il y a quelques semaines, le 28 juin Vegedream se présentera en solo devant son public parisien pour un concert à La Cigale.


vegedream interview

R.A.P. R&B : Tu es originaire de Côte d’Ivoire et tu cites souvent ta ville, Gagnoa, dans tes textes. Y’a-t-il une raison particulière ?

Vegedream : Quand je suis allé là-bas quand j’étais petit, je suis tombé malade. Mais vraiment malade, j’avais plein de bouton et on ne savait pas ce que j’avais. Mon grand-père – paix à son âme – disait “Faut pas qu’il reste ici, faut qu’il rentre”. Ma mère m’a raconté cette histoire et elle m’a dit : “T’es un vrai garçon d’être sorti de cette galère, on pensait tout que t’allais y rester.” C’est pour ça que je tiens à souvent représenter et dire d’où je viens.

R.A.P. R&B : Tu y es retourné après cet incident ?

Vegedream : J’ai pas eu le temps d’y retourner, mais je compte y aller. J’ai vu des photos de quand j’étais petit, mais je n’ai pas de réel souvenir. Jouer en concert là-bas serait un grand rêve.

R.A.P. R&B : Ça ressemblait à quoi ta jeunesse à Orléans ?

Vegedream : J’ai grandi là-bas, mais je suis monté très jeune à Paris. J’étais comme n’importe quel jeune : le quartier, le foot, etc. En cours, j’étais beaucoup trop turbulent je pense. Je suis allé en garde-à-vue le jour du brevet. C’était relou, mais bon. C’était pour un vol en réunion, un vieux truc. J’ai repassé le brevet et je l’ai eu au final.

  “Je suis allé en garde-à-vue le jour du brevet. C’était relou…”

R.A.P. R&B : T’as arrêté l’école à quel moment ?

Vegedream : J’ai arrêté après le bac. J’avais commencé en électrotechnique puis j’ai fait un bac pro commerce. Mais j’étais trop focus sur d’autres trucs pour aller plus loin. J’étais un peu entre la rue et la musique, mais heureusement la musique m’a sorti de là.

R.A.P. R&B : Ton père était producteur de musique, du coup tu as toujours baigné dedans ?

Vegedream : Toujours. Je faisais de longs voyages d’Orléans à Toulouse en voiture et je faisais qu’écouter toutes sortes de musique. J’écoutais surtout des artistes ivoiriens comme Gadi Celi, Les Garagistes, des piliers de la musique ivoirienne. Mon père produisait un groupe de femmes, qui n’a jamais marché d’ailleurs. Il ne voulait pas que je fasse de la musique, il me disait que c’était une malédiction à retardement. Quand tu redescends c’est moins bien, il avait peur de tous les mauvais aspects de la musique. Quand il a vu que ça a marché pour moi, il m’a dit qu’il fallait apprendre à gérer.

R.A.P. R&B : A quel moment tu te lances dans la musique ?

Vegedream : J’étais quelqu’un qui dansait beaucoup. J’aimais bien bouger, m’ambiancer. Un jour, je me suis qu’il fallait arrêter de danser sur les trucs des autres : on va danser sur nos trucs à nous.

R.A.P. R&B : Ton groupe La Synésia était un gros collectif de danseurs…

Vegedream : Ouais, on était une trentaine. Quand on se baladait en ville, les gens avaient peur. Comme y avait beaucoup d’embrouilles, d’histoires de “On te cherche, on te cherche pas”, y’a plein de mecs qui ont pris du recul. On dansait dans la rue, on faisait des battles, des maisons de quartier, juste pour avoir une renommée.

R.A.P. R&B : C’est ton groupe et ta compagne de l’époque qui t’aurait poussé à chanter ?

Vegedream : Ouais. Moi, je n’y croyais pas en vérité. On m’entendait chanter et on me disait : “Tu chantes bien, tu ne chantes pas faux, qu’est-ce que tu fais ? C’est ta porte de sortie.” Je disais : Arrêtez vos bêtises ! Il y a quelques années, chanter c’était tabou. Tu passais pour le mec R&B, bizarre un peu. Et moi j’avais cette vision donc je disais : vous avez craqué, jamais de la vie ! Et au final je l’ai fait, et aujourd’hui je m’en sors bien, et j’aime le faire.

R.A.P. R&B : L’arrivée de la tendance afro t’as aidé ?

Vegedream : Ouais, ça a ouvert beaucoup de portes. Il y a beaucoup d’artistes – même pas forcément africains – qui font ce style de musique parce que ça fait bouger, ça donne de la joie à certaines personnes. T’es plus dans les années 90, 2000 où c’était l’electro, ça tapait fort dans ton crâne et tu ne savais pas comment bouger dessus. Maintenant un Kendji Girac peut faire un son afro, ça choque pas, c’est lourd. C’est beaucoup plus ouvert.

R.A.P. R&B : Ton surnom à la base, c’est Vegeta. T’es fan du personnage, de Dragon Ball ou de manga en général ?

Vegedream : De Dragon Ball, mais à la base, c’est même pas mon personnage préféré. J’étais froid et je faisais surtout des coiffures très, très bizarres, c’est pour ça en vérité. C’était une prof qui m’avait donné ce nom-là pour rigoler et après c’est resté. Mon personnage préféré en vrai c’était San Gohan, quand il est ado. Parce que quand il grandit, il devient rincé. L’époque Cell, c’est sa meilleure époque, il n’aurait pas du grandir.

R.A.P. R&B : Comment t’es passé de Vegeta à Vegedream ?

Vegedream : C’est le passage du groupe au solo. Vegedream, c’est celui qui vend du rêve un peu. C’est pour ça que j’ai associé les 2. L’idée c’est de vendre du rêve aux gens, les faire kiffer.

  “Il y a quelques années, chanter c’était tabou. Tu passais pour le mec R&B, bizarre un peu.”    

R.A.P. R&B : A quel moment tu décides de te lancer en solo ?

Vegedream : J’avais envie de lancer un projet. J’étais vraiment préoccupé de savoir si les gens allaient bien m’accueillir en sortant quelque chose en solo. Je l’ai fait sans me prendre le tête. C’est beaucoup plus simple de travailler en solo qu’en groupe. J’avais besoin de me mettre tout seul dans un cocon et de sortir un projet.

R.A.P. R&B : A 5, c’est d’autant plus difficile. On voyait que toi tu étais peut-être le plus impliqué…

Vegedream : Ouais, c’est moi qui a créé le groupe. Tout le monde a ses particularités : c’est comme une équipe de foot, certains sont moins bons même s’ils sont bons. Y’a Messi et y’a les autres. Y’a Cristiano Ronaldo et y’a les autres, mais y’au aussi des Marcelo, des piliers pour l’équipe.

R.A.P. R&B : Le groupe continue d’exister ?

Vegedream : Il continue d’exister avec moi dedans aussi. Après mon album, je vais revenir avec le groupe. Les autres vont aussi sortir quelque chose entre temps, une mix-tape ou autre. On va se donner de la force mutuellement.

R.A.P. R&B : Le morceau La Fuite, sur le leak, t’as fait péter en solo. Comment t’est venu ce thème ?

Vegedream : J’étais en studio et y’a une personne qui m’a envoyé un Snap d’un morceau que je venais juste d’enregistrer 3 jours avant. Du coup, j’ai pété les plombs et ça a donné ça. C’était spontané et bon enfant. J’ai pris ça à la rigolade et je ne pensais pas que ça aurait cet effet-là. En fait, les gens attendent que quelqu’un dise tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Y’a 20 ans, t’aurais dit que ce son passait en boîte, ça aurait été une abomination. Les gens quand ils chantent ce son, on dirait vraiment qu’ils pensent à quelqu’un, ils crient et tout. C’est lourd.

R.A.P. R&B : Comment tu t’es connecté avec tous les youtubeurs du clip ?

Vegedream : On se connaît à peu près tous dans ce qui est artistique : les youtubeurs, les comédiens, les footeux, les rappeurs. C’est pas compliqué de faire l’approche, donc je les ai réunis et on a fait ça propre. C’était bon enfant. Les liens se font sur les réseaux ou en soirée, en live, on n’est pas fermés.

R.A.P. R&B : Des youtubeurs se lancent dans le rap de plus en plus. Tu vois ça comment ?

Vegedream : Chacun fait ce qu’il veut. C’est une porte de sortie, c’est du biff. Y’a des gens, ils cherchent de l’argent. Fais comme tu peux, prends ce que t’as à prendre. Je n’ai vraiment pas d’avis là-dessus. A l’époque, ça choquait les gens que Yannick Noah qui faisait du tennis chante. Mais poto, il a fait des tubes jusqu’à aujourd’hui. Ça ne devrait pas choquer, si on t’aime tant mieux, sinon reconvertis-toi dans autre chose.

R.A.P. R&B : Et toi, tu te vois passer de la musique à youtubeur ?

Vegedream : Pas youtubeur, c’est beaucoup trop de travail. C’est très compliqué leur histoire. Peut-être plus du cinéma, pourquoi pas. On verra comment ça se passe, mais je suis ouvert à beaucoup de propositions. Je sais pas ce que j’aimerais jouer : un stéréotype d’un mec de quartier, ça peut être lourd, ou à l’inverse, un contre-pied, un peintre ou je sais pas…

  “Après mon album, je vais revenir avec le groupe…”   

R.A.P. R&B : T’es également producteur sur certains sons. La composition, ça vient à quel moment dans ton parcours ?

Vegedream : J’avais Fruity Loops (logiciel de composition de musique, Ndlr), je crois que c’était le 4. J’ai commencé FL Studio comme ça en faisant des instrus pour danser. J’ai toujours eu cette oreille pour composer de la musique : pour danser, il faut une oreille musicale. Et mon daron m’a offert un piano et j’ai commencé à jouer. J’ai plus de faciliter à composer une musique dont j’ai fait les mélodies qu’avec un truc tout fait.

R.A.P. R&B : Tu peux nous parler du concept de Marchand de sable ? C’était une série de freestyles et c’est devenu le nom de ta mix-tape…

Vegedream : Les rappeurs font souvent ça, des séries comme les #JesuispasséchezSo de Sofiane ou les Afro-Trap. Je me suis dit que j’allais garder le même concept et amener quelque chose de nouveau. C’est pour ça que pour le 1er, j’ai repris des trucs à ma manière. Ensuite, j’ai envoyé d’autres choses à certaines dates : l’indépendance de la Côte d’Ivoire, j’ai envoyé un truc en rapport avec la Côte d’Ivoire, la Saint-Valentin pareil, etc. On s’est dit que cette série allait devenir une mix-tape et c’est ce qui a donné Marchand de sable. Ça vient du fait de vendre du rêve.

R.A.P. R&B : Et tu n’as pas remis Marchand de sable part.1 à cause des droits ?

Vegedream : Ouais, je crois que c’est ça. C’était trop compliqué, on voulait pas se prendre la tête sur ça. (Sur ce titre, Vegedream reprend les lyrics de nombreux artistes, Ndlr)

R.A.P. R&B : Il y a aussi H-Magnum qui joue un rôle dans ta carrière, un peu comme pour la Sexion d’Assaut. Tu le connais depuis 3-4 ans…

Vegedream : Ouais, un peu plus même. C’est quelqu’un qui sait mettre le doigt sur ce qui va briller. On s’est appelé un jour parce qu’il avait entendu parler de moi. On a vu qu’on avait de la famille en commun, il m’a pris comme si j’étais son frère. Il a fait beaucoup, beaucoup de choses pour moi. Avant de faire un titre, je lui envoyais et il me disait : “Repose ça, ça faut le refaire, ça c’est bien ce gimmick…” C’est quelqu’un qui m’a fait garder la tête sur les épaules et qui continue à le faire. On s’appelle souvent. Il m’a donné les plus gros boosts même quand c’était plus compliqué pour lui.

R.A.P. R&B : C’est un rôle qu’il tient encore auprès de Maître Gims, ce qui te fait pas mal de point commun avec Meugui…

Vegedream : H-Magnum m’a présenté à Maître Gims et il m’a donné beaucoup de conseils sur du long terme. Il m’a montré sa vision des choses et c’est vraiment quelqu’un de très grand.

R.A.P. R&B : Sur l’album tu as aussi Stan-E Music, qui a notamment produit des tubes pour la Sexion d’Assaut comme Avant qu’elle parte, Ma Direction ou encore Balader. Comment s’est passé le travail avec lui ?

Vegedream : Stan, c’est un génie, j’peux même pas t’expliquer. Je l’ai rencontré quand je faisais une séance avec un autre artiste et on a gardé contact. Le 1er son que j’ai fait avec lui, j’avais pas l’habitude de ce genre de son et il m’a poussé dans mes retranchements, il m’a sorti de ma zone de confort. On composait ensemble : j’étais dans la cabine, je chantais les mélodies et il composait par dessus. C’est comme ça qu’on a fait les plus gros tubes de Marchand de Sable. Je préfère travailler comme ça : t’es un compositeur, tu composes pour de vrai, tu me donnes pas quelque chose de tout fait que t’as fait à un petit à qui t’as dit : “Envoie-moi des prods.” Comme ça, on compose ensemble et on se met d’accord sur ce que j’aime.

R.A.P. R&B : Tu parles beaucoup des relations homme-femme, aussi bien positives que négatives. C’est des choses que t’as vues, vécues ou inventées ?

Vegedream : Ouais, y’en a certaines que j’ai vues, d’autres vécues, d’autres inventées, mais je ne peux pas dire lesquelles. En fait, je suis un conteur : je vais raconter beaucoup d’histoires sur mon album. Vraiment des grosses histoires sur des sujets que les gens peuvent trouver sensibles. Moi je m’en fous, j’ai pas de limite, pas de barrière si j’ai envie de faire quelque chose.

  “H-Magnum… C’est quelqu’un qui sait mettre le doigt sur ce qui va briller.”  

R.A.P. R&B : Mais pourquoi parler autant du même sujet ?

Vegedream : En vérité, c’est ce que les gens vivent. Je les fais pour moi, mais aussi pour les gens. Dans les musiques que j’ai écrites y’a 80% des personnes qui m’ont dit : “J’ai vécu ça, on dirait que t’étais avec moi.” Les relations hommes-femmes ou même un homme avec un homme, mais ces relations, c’est ce qui fait tourner le monde.

R.A.P. R&B : Y’a d’autres thèmes comme La Rue. Tu dis : “On a connu la rue, la vraie.” C’est quoi les pires choses que t’as vécues dans la rue ?

Vegedream : On a tous vu des dingueries, des trucs de ouf. Je l’ai dit dans le son, ce que je raconte, je ne l’ai pas inventé. Les gens pensent que comme j’étais un danseur, ça ne fait pas de moi une caillera. 2Pac, il a dansé, les plus grands musiciens avaient ce groove. Mais je n’ai pas envie qu’on me voit comme un voyou qui revendique le quartier, alors qu’en vérité je faisais tout pour l’éviter. Si j’étais vraiment dans le quartier, je serais en taule.

R.A.P. R&B : T’as eu besoin aussi de prouver que tu n’écrivais pas que sur des histoires d’amour ?

Vegedream : Bien-sûr ! Y’a des mecs de 35 ans que je connaissais, qui étaient au placard qui me disaient : “Le son est lourd, juste pour ça je vais acheter le projet !” En plus de ça, ces mecs de cité, durs, sont ceux qui écoutent mes chansons de lovers, ils kiffent de ouf ! Ils font pas semblant, ils en ont marre des gens qui s’accaparent la rue.

R.A.P. R&B : Et la vidéo de Booba qui écoute le son ?

Vegedream : C’est lourd. J’étais très, très content, ça a donné de la force et de l’engouement pour le titre. J’allais me faire vacciner ce jour-là pour aller au Sénégal. Et là je reçois plein de notifications…

R.A.P. R&B : Tes chiffres de vente (5080 copies dont 655 en physique, 493 en téléchargement et 3 932 en streaming) sont tombés et tu les as même retweetés. C’est quelque chose que tu surveillais ?

Vegedream : Bah oui, j’attendais ça. C’est une mix-tape avec 4, 5 titres déjà sortis. On l’a défendue comme un album, mais ça reste qu’une mix-tape. J’ai vu les chiffres d’autres perso,nes, je m’attendais à vendre 1500, j’étais grave content, on m’a dit que c’était des chiffres d’album.

R.A.P. R&B : Ton concert à La Cigale le 28 juin, c’est ton 1er vrai concert après tes showcases. Comment as-tu préparé ça ?

Vegedream : C’est totalement différent des showcases de 30 ou 45 minutes. Là, c’est 1h30 avec des musiciens, des choristes, de la mise en scène. Comme je suis un danseur, je vais montrer qu’on a encore ça dans la peau. Je pense que les gens seront agréablement surpris.

R.A.P. R&B : Tu prévois déjà un album. Qu’est-ce tu vas apporter de plus que la mix-tape ?

Vegedream : Ça va être plus large. Il y aura des sons beaucoup plus conscients, ça sera très bien travaillé. Je pense que ça sera beaucoup mieux que la mix-tape et y’aura beaucoup de feats. Là y’en avait qu’un seul, H-Magnum. Y’aura quelques gros feats. Là, je suis à 60% et j’ai fait beaucoup de titres. Je vais en faire encore beaucoup et après on sélectionnera.

R.A.P. R&B : Les gros feats, c’est Maître Gims et Booba ?

Vegedream : Peut-être. Ça vous le verrez sur la tracklist.

  “Y’a 20 ans, t’aurais dit que [La fuite] passait en boîte, ça aurait été une abomination. ”  

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